27/09/2016 - Réflexion d'un prêtre sur la "Messe des familles"


« Comment faire pour attirer les enfants et les jeunes à la Messe ? » Quel prêtre n’a jamais entendu cette question. Que faire ? En effet, la pratique religieuse diminue chaque année et les jeunes générations assistent de moins en moins à la Messe du dimanche. Dans certaines paroisses, des équipes s’ingénient dès lors à chercher des remèdes. Parmi ceux-ci, il y a l’incontournable « Messe des familles ». Que pensez de cette formule ? Analysons...

Bien souvent, ces messes sont dites « adaptées », à la portée des enfants et ont lieu 1 fois par mois. Rappelons que la pratique religieuse ne peut se satisfaire d’une Messe par mois. Certains diront que c’est mieux que rien, que les enfants et les parents gardent par ce moyen un contact avec l’Eglise ? Mais est-ce si vrai que cela ? Bien sûr, le jour de la « Messe des familles », il y a peut-être du monde... Mais les autres dimanches ? Bien sûr, il y a quelques parents qui accompagnent leurs enfants (quand ils ne les déposent pas sur le seuil de l’église), mais après les « Profession de Foi », qui restent-ils ? A une brave paroissienne qui me disait un jour que la « Messe des familles » aidait les enfants à vivre leur foi, je répondais simplement que si une église était pleine, été comme hiver, tous les dimanches, grâce à cette formule, ça se saurait !

Pendant ces Messes, il y a des chants que soit disant les jeunes apprécient. En regardant de plus près, on se rend compte qu’en voulant faire « modernes », certains prêtres font « ringards » et que les jeunes qui veulent entendre des chants qui leur plaisent peuvent le faire en dehors de l’église. Bien souvent, ces chants sont tout simplement bêtes et dignes d’une ronde de classe maternelle. Quand ces chants sont accompagnés à la guitare par une des dernières quinquagénaire de la paroisse, habillée en « jeans » pour « faire jeune », on nage dans le ridicule.

Pendant ces Messes, il faut à tout prix « faire participer ». Dans ce sens, tout est bon : déguisements, bricolages, mimes ridicules pour faire comprendre l’évangile aux spectateurs, panneaux en frigolite (un must indémodable !) sur lequel les enfants vont punaiser un rayon de soleil, prière avec des gestes... J’en passe et des meilleurs... Pour attirer le client, certains sont prêts à tout ! Comme me le disait un paroissien : « Dans certaines églises, il n’y a que montrer son derrière que l’on n’a pas fait... C’est peut-être faute de ne pas y avoir pensé... » Le sommet de la participation est la sacro-sainte procession des offrandes, où les enfants apportent à l’autel une écuelle remplie d’hosties, un calice (souvent d’une propreté douteuse) et quelques lumignons. Pour faire simple et familial, les responsables du spectacle demandent aux enfants  de « rendre ce service » sans aucune préparation, ce qui fait que certains se demandent ce qu’ils font et n’ont évidemment aucun respect. Le tout dans un brouhaha si convivial... Je me rappelle toujours d’une institutrice maternelle à la retraite qui a quitté sa paroisse en disant à son Curé que qu’il était impossible de prier dans cette atmosphère de cours de récréation. Mais est-ce là l’essentiel ?...

A la Messe des familles, il faut adapter les prières. C’est un fait acquis par beaucoup, personne ne comprend le vocabulaire de l’église... Plutôt que d’expliquer les beaux mots de la Foi, on utilisera un langage parfois digne de « Tintin au Congo ». L’homélie consistera à un « questions-réponses » avec les enfants. Récemment, quelqu’un me racontait que dans une paroisse, à l’occasion de la fête du Christ-Roi, au moment de l’homélie, un prêtre faisait le guignol avec une couronne en papier sur la tête devant des paroissiens abasourdis.

Les paroles de la Consécration n’échappent pas à la règle. Il faut parler le langage d’aujourd’hui !

Au moment du « Notre Père », à la Messe des familles, il y a l’incontournable ronde de l’amitié autour de l’autel. On se donne la main, on rit, les distraits courent pour y aller et ne pas rater le début de cette prière que la plupart ne connaissent même pas. Mais après tout, est-ce l’essentiel ?... Comme me le disait un prêtre : « l’essentiel n’est pas que les enfants connaissent des prières ou des « questions-réponses ». L’essentiel, c’est qu’ils se rappellent de l’ambiance et de l’accueil. » Ce qui est vrai, c’est que « question ambiance », il y a de quoi se faire des souvenirs, mais côté organisation, c’est quand même mieux au Carnaval de Binche...

Arrive la Communion. Afin de faire « comme Jésus », il faut tremper l’hostie dans le calice (selon la technique imagée que tout le monde comprend du « canard »). Peu importe les parcelles qui tombent (vous en êtes encore là !...), les gouttes sur le sol. Qui soutient encore que l’hostie contient le Corps, le Sang, l’Âme et la Divinité du Christ. Dans une paroisse dans laquelle je devais célébrer un mariage, il n’y avait pas de burette. Je demande à la sacristine si ce n’est pas un oubli. Non ! C’est normal... Mais alors, comment fait votre Curé pour purifier le Calice après la Communion. Comment ? « Bon sang mais c’est bien sûr ! » C’est la sacristine qui « lave le tout » à l’évier après la Messe. Vu ainsi, pourquoi s’embarrasser de détails...

A la Messe des familles, comme à toutes les Messe dans beaucoup de paroisses, il y a du bruit avant et après le spectacle. C’est si convivial ! « Germaine, tu sais que Fernande a mal à ses pieds ».... On s’embrasse, on échange des nouvelles... Parfois, il faut annoncer le chant d’entrée à 2 reprises. Ne le savez-vous pas, l’église est la maison de tous, c’est normal. Le silence !!! Mais Dieu ne nous veut pas rigides....

Venons-en au résultat. Sans noircir le tableau à outrance, y-a-t-il une seule église où on applique ces techniques qui soient remplies de jeunes (dès qu’ils ne sont plus obligés d’y aller). Poser la question, c’est déjà y répondre.

Mais alors, que faire ? Pour ma part, je pense qu’il ne faut pas vouloir attirer le client à n’importe quel prix. Je dis souvent à ceux qui m’interpellent à ce sujet : « Vivons ce que nous avons à vivre, pieusement et saintement, et il y aura toujours des gens en quête de Dieu qui serons interpellés par la richesse de notre Foi. » Brader pour soit disant attirer n’a jamais porter de fruit. Je suis convaincu que la Messe célébrée dignement, dans une église propre, avec des ornements et du linge propres, dans une atmosphère recueillie et silencieuse peut toucher certains jeunes. S’ils poussent la porte de l’église, ce n’est pas pour entendre le même discours qu’à l’extérieur, c’est peut-être pour vivre autre chose, se rapprocher de Dieu qui ne peut parler que dans le silence. Ce qui manque cruellement à la jeune génération, c’est l’expérience de la transcendance de Dieu. Celle-ci ne peut se faire que dans une célébration sacrée, présidée par un Homme de Dieu, tourné vers Dieu, qui fait le lien entre la terre et le ciel, et pas par un animateur à guitare.

La vitalité des Communautés et Congrégations nouvelles de tendance classique est un bel indicateur de la vitalité de l’Eglise. Quand la Messe est bien célébrée, selon les normes actuelles de l’Eglise, on rencontre des jeunes et des familles. Il y aura toujours des assoiffés de Dieu... Il est peut-être temps d’éveiller les jeunes à la dimension verticale de la vie...

Pour terminer, je me rappelle cette blague qui met en scène 2 prêtres et qui est hélas fort réaliste... Un de ces deux prêtres dit à son confrère : « J’ai tout essayé pour attirer les jeunes : Le club de sport, ça n’a pas marché ! Les jeux de piste à la place du catéchisme, ça n’a pas marché ! La batterie et la sono pendant la Messe, ça n’a pas marché ! Que faire ? » Et l’autre, malicieux, de répondre : « Et si tu essayais la religion ? »

Mais cela ne marchera qu’à une condition : que tous, prêtres et fidèles s’y mettent et marchent dans la même direction, celle de la fidélité à l’Eglise et à son enseignement. Et sur ce point, ce n’est pas gagné...