03/09/2016 - Article de formation : La chasuble (2/2)

Le bons sens et le sens esthétique disent que le but du vêtement liturgique est de bien habiller celui qui le porte. C’est sa principale qualité. Dans les premiers siècles de l’ère chrétienne, les prêtres ne portaient pas de vêtements particuliers mais ils utilisaient ceux des Romains de cette époque. Dans l’accomplissement de leurs fonctions sacrées, les ministres de Dieu choisissaient de préférence les plus beaux vêtements que le Pape Etienne appelle « vestes sacratae » au milieu du troisième siècle. Quand l’usage de ce costume commun tomba peu à peu en désuétude, l’Eglise en garda l’usage parce qu’ils étaient dignes et beaux.

Le Père Lebrun, spécialiste de la liturgie, écrit en 1716 : « Les Grecs ont conservés la chasuble des origine sans aucun changement, mais depuis peu, les Latins ont retranché peu à peu tout ce qui empêchait d’avoir les bras libres, car, autrefois, il fallait nécessairement retrousser et relever la chasuble par les côtés pour être libre dans ses mouvements et, lorsqu’à la consécration le prêtre élevait la Sainte Hostie ou le calice, il fallait l’aider et soulever la chasuble, ce que l’on continue d’observer encore, sans qu’il n’en soit plus besoin et par pure habitude. »

C’est la nécessité de retrousser l’antique chasuble qui a fait penser à l’échancrer de plus en plus afin que les prêtres ne soient pas embarrassés par le poids de l’ornement. Une telle solution s’est imposée à partir de l’instant où les tissus épais et rigides, les surcharges de broderies et d’orfrois sont devenus d’usage général.

On commença d’abord par faire des chasubles moins longues sur les côtés. Voyant qu’elles en étaient plus commodes, on les a raccourcis de plus en plus tant et si bien qu’elles ne ressemblèrent plus aux chasubles primitives. Cette tendance va s’accentuer au 18ème et au 19ème siècle. Peu à peu, on rendit l’ornement informe, illogique et ridicule en y accumulant des broderies d’or bourrées de tissus et accompagnées de pierreries.

Parallèlement, vers 1840, en en réaction aux dérives de « l’art liturgique », des personnalités de premiers plans redécouvre et admirent l’art roman et l’art gothique. Parmi eux, il y a Viollet le Duc en France et Pugin en Angleterre.

Dans ce grand mouvement liturgique, Dom Guéranger, vrai restaurateur de la liturgie romaine, écrit au sujet des vêtements liturgiques : « Nous le répétons avec confiance, dans nos églises restaurées d’après les conditions de leur inspiration première, ou construites de nouveau suivant les règles statuées aux siècles de foi, il faudra bien que nos costumes sacrés participent à cette régénération, et perdent enfin les formes déplaisantes et grotesques que le 19ème siècle, enchérissant encore sur les coupes étriquées et rabougries du 18ème siècle, a trouvé moyen de faire prévaloir. Nous verrons infailliblement disparaître par degrés, ces chasubles qu’un inflexible bougran a rendu, dans leur partie antérieure semblable à des étuis de violon, pour nous servir de l’expression trop vraie de l’illustre anglais Welby Pugin. »

C’est ainsi que, peu à peu, la chasuble « gothique » a retrouvée sa juste place dans l’Eglise. Il est à noter que les milieux « traditionnels » lui préfèrent habituellement la forme étriquée, dite « romaine ». Celle-ci est souvent associée à la forme extraordinaire du rite romain. Une belle chasuble neuve de style gothique est beaucoup plus digne que certains ornements « romains » défraîchis, élimés et injustement considérés comme « traditionnels ». Mais comme toujours dans le débat liturgique, il y a « traditions »... et Tradition !