10/09/2016 - Témoignage d'un prêtre luxembourgeois :

Top chrono ! La messe commence...

Dernièrement, j’ai rencontré un de mes anciens professeurs de séminaire, actuellement curé de plusieurs paroisses. Il m’a dit : « Tu te rends compte ! On m’a dit, quand je suis arrivé ici : Vous ne pouvez pas dépasser 45 minutes pour la Messe du dimanche. Votre prédécesseur faisait comme ça ! S’il le faut, prêchez moins longtemps ! » Dis, on a osé me dire ça ! C’est vraiment la dictature du temps, du chronomètre ! Voilà où on en est arrivé dans certaines paroisses ! »

Pour se défendre, ce prêtre répondit simplement : « A travers moi, vous sapez déjà les futurs prêtres, car vous les empêchez à l’avance de déployer tout leur amour pour le Christ. Vous les empêchez de le célébrer comme il se doit. »

C’est un fait, nous récoltons aujourd’hui les fruits amères d’une certaine pastorale et cela a une répercussion sur les vocations. On entend souvent dire : « Le prêtre doit répondre aux attentes du peuple de Dieu ». Mais doit-il pour autant devenir esclave du désir des gens ? Et s’il a le malheur de refuser quoi que ce soit, le revolver est pointé dans sa direction : il mérite la mort pastorale !

Bien sûr, les fidèles peuvent, selon le code de Droit canon, donner des avis à leurs pasteurs. Mais le travail de discernement revient au prêtre revêtu de par son ordination d’une grâce spéciale de l’Esprit Saint. Et puis, à quoi sert une longue formation au séminaire, si la première personne rencontrée au coin de la rue, a autant de compétence que le prêtre, uniquement en vertu de son baptême et surtout de ses éclats de voix !

De même, certains prêtres souffrent des lamentables critères utilisés pour jauger (et juger) ce qu’est un bon prêtre ! En effet, pour juger le travail pastoral d’un prêtre, on ne pose plus la question : « Enseigne-t-il les mystères de la foi, célèbre-t-il la Messe en observant les règles de la liturgie romaine ? Mène-t-il une vie morale droite ? Vit-il dans la simplicité ? Est-il un homme de prière ? Rayonne-t-il une grande culture religieuse ?

Pour juger le prêtre, on demande plutôt : « Passe-t-il bien avec les gens ? A-t-il un bon contact ? » Souvent, pour « bien passer », il suffit de rire, de faire rire (en racontant des blagues – même salaces...), de faire des jeux de mots, de l’ironie, et surtout d’entretenir le mythe de l’agenda « overbooké »...

Il est grand temps de revenir à l’essentiel ! Le prêtre est, à l’image du Christ, un signe de contradiction. Inévitablement, sa vie doit interpeller le monde et susciter le rejet. C’est alors sur la croix que le sacerdoce prend sa pleine mesure ! C’est quand son apostolat semble stérile, que le Christ agit à travers son ministre pour sauver le monde et les âmes. Ce n’est pas en « épousant » le monde que le prêtre le sauvera. C’est en union avec le Christ, Victime offerte pour les péchés, que le prêtre réalise pleinement sa vocation.

Abbé C.D.