04/10/2016 - Benoît XVI et la liturgie

Benoît XVI a beaucoup écrit sur la question liturgique. Lors de son pontificat, il a montré pratiquement comment mettre en œuvre la réforme issue de Vatican II, dont il est un ardent promoteur et défenseur. Comme professeur, puis Cardinal, il a régulièrement déploré les abus liturgiques sans remettre en question les bienfaits de la liturgie restaurée du bienheureux Paul VI.


Le 7 juillet 2007, Benoît XVI promulgue le Motu Proprio « Summorum Pontificum » qui autorise la célébration de la Messe selon le Missel de 1962 qui devient la « Forme extraordinaire du rite romain ». Par ce geste, le pape souhaite « parvenir à une réconciliation interne au sein de l’Eglise » (Lettre explicative du le 30 avril 2011). En effet, comme cardinal puis comme Souverain Pontife, il semble certain que Joseph Ratzinger a été blessé par le schisme de Mgr Lefèbvre et ses terribles conséquences pour l’Eglise, plus particulièrement en France. Afin de ramener au bercail les brebis égarées, le pape a multiplié les gestes d’accueil et de bienveillance qui, il faut malheureusement le constater, restent aujourd’hui encore sans réponse concrète.

Il est incorrect de dire que Benoît XVI est un promoteur du missel de 1962. Récemment, dans une annonce parue sur un site traditionaliste, on pouvait lire que « la Messe est célébrée dans la forme extraordinaire du rite romain (messe traditionnelle en latin telle qu’encouragée par le pape Benoit XVI). » Il s’agit d’un abus de langage car aucun passage du Motu proprio « Summorum Pontificum » et des documents explicatifs ne vont dans ce sens. Au contraire, il est bien rappelé que l’usage de l’ancien rite est une permission qui fait suite au Motu proprio « Ecclesia Dei adflicta » de Jean-Paul II en 1988.

Selon le très bon site de formation et d’information liturgique « Pro Liturgia » qui analyse le livre sur Benoît XVI de Peter Seewald (« Dernières conversations », éd. Fayard, 2016) « on voit très clairement que le but du Motu proprio « Summorum pontificum » n’est pas de permettre une « restauration » de l’ancienne façon de célébrer la liturgie (selon la forme dite « tridentin ») mais uniquement de montrer qu’il y a continuité entre cette ancienne façon et celle issue de la constitution conciliaire « Sacrosanctum Concilium ». Benoît XVI ajoute que « le rite doit évoluer ; (et que) la réforme était donc opportune. » (cf. p. 230)

De fait, lors de son pontificat, Benoît XVI n’a jamais célébré, même de façon privée, la Messe selon le missel de 1962. Ce « geste fort », attendu avec ardeur par de nombreux prêtres et fidèles des communautés « traditionnelles » n’a jamais eu lieu. Il a été dit que c’était pas crainte d’une mauvaise interprétation d’une telle célébration. Il suffit de lire les écrits de Joseph Ratzinger pour écarter pareille hypothèse. Le pape émérite est convaincu des bienfaits de la réforme liturgique et l’a souvent rappelé.


Expert au Concile Vatican II, il écrit dans son journal au sujet de la réforme liturgique issue du Concile de Trente (Joseph Ratzinger - Mon Concile Vatican II - Edition Artège) « La subordination de la liturgie à l’étiquette de cour aboutit par la suite à une véritable fossilisation de la liturgie, qui est ainsi passée du stade d’histoire vivante à celui de pure conservatoire des formes, ce qui condamnait en même temps la liturgie à un inévitable dessèchement intérieur. La liturgie fut fixée une fois pour toute, devenant ainsi une image encroûtée et perdant d’autant plus le contact avec la piété concrète des fidèles qu’on veillait davantage à l’intangibilité de ses formes extérieures. » (p.149) Un autre passage explique le fossé séparant le prêtre et les fidèles. Ainsi, Joseph Ratzinger « rappelle que Léon XIII (1810-1903) recommanda la récitation du rosaire pendant la Messe. Cela signifiait, en pratique, que pendant que le prêtre accomplissait les rites de sa liturgie fossilisée, le peuple récitait son chapelet, l’un et l’autre n’ayant d’autre chose en commun que leur présence en un même lieu et leur vénération commune pour la puissance sacrée du même sacrifice eucharistique. » (p.150)

Un dernier extrait de ce journal montre la nécessité de la réforme liturgique. Il est écrit comme conclusion à ce qui précède : « La complète indigence à laquelle on était parvenu à cause du travail de conservation de la Congrégation des Rites sautait désormais aux yeux. Si l’on voulait que le culte de l’Eglise redevînt vraiment le culte de l’Eglise en son sens plénier, c'est-à-dire de tous les fidèles, il fallait qu’il fût remis en mouvement. (...) Il apparaissait que l’élagage auquel on avait procédé à Trente, continuait de masquer, par beaucoup de choses superflues n’ayant qu’une signification purement historique, la structure toute simple de la liturgie. On s’aperçut, par exemple, que le choix des textes avait été comme gelé à un certain moment et qu’il pouvait difficilement satisfaire aux nécessités actuelles de l’annonce de la foi. Le pas suivant consistait à reconnaître que la refonte nécessaire ne pouvait plus se produire par la voie de corrections purement stylistiques, mais qu’elle réclamait une théologie renouvelée du culte si l’on voulait que ce renouvellement soit davantage qu’une correction purement superficielle. En un mot : la tâche dont on peut au mieux dire que le Concile de Trente l’avait à moitié réalisée, devait être à nouveau entreprise de manière à parvenir à un terme plus dynamique. » (p.151)

Cette ligne, Benoît XVI n’a jamais cessé de la rappeler en insistant sur la nécessité de comprendre en profondeur la réforme de Paul VI comme la continuité des réformes successives que l’Eglise a instaurée. Dans ce sens, la lettre explicative du Motu proprio « Summorum pontificum » du 10 avril 2011 rappelle  que « dans la célébration de la Messe selon le Missel de Paul VI, pourra être manifestée de façon plus forte que cela ne l’a été souvent fait jusqu’à présent, cette sacralité qui attire de nombreuses personnes vers le rite ancien. La meilleure garantie pour que le Missel de Paul VI puisse unir les communautés paroissiales et être aimé de leur part est de célébrer avec beaucoup de révérence et en conformité avec les prescriptions; c’est ce qui rend visible la richesse spirituelle et la profondeur théologique de ce Missel. » L’analyse est simple : si certains fidèles se tournent vers la forme ancienne de la liturgie romaine, c’est parce que, de façon abusive, la sacralité a été occultée dans de nombreuses célébrations. Il importe donc de rendre aux célébrations eucharistiques leur sens plénier à savoir l’union du ciel et de la terre dans l’actualisation de l’unique sacrifice du Christ sur la croix selon les rites restauré par l’Eglise. C’est l’intention des souverains Pontifes romains Paul VI et Jean-Paul II qui « se sont employés à ce que « cet édifice liturgique » apparaisse de nouveau dans la splendeur de sa dignité et de son harmonie » (Motu proprio « Summorum Pontificum »).