08/10/2016 - Appliquer la réforme liturgique


Analyse du Professeur Joseph Ratzinger - Le discours de Bamberg

Expert au Concile Vatican II, Joseph Ratzinger est convaincu de la nécessité de la réforme liturgique. Le missel a évolué au cours de l’histoire de l’Eglise, il semble normal que cette évolution se poursuive dans un développement organique, ancré dans la Tradition. Le 14 juillet 1966, lors du 81ème Katholikentag à Bamberg, le jeune professeur prononce un exposé dans lequel il répond aux détracteurs du renouveau liturgique.

Avec la perspicacité qui caractérise son enseignement, Joseph Ratzinger dresse le bilan de l’immédiat après-Concile et parle de « malaise », d’un « sentiment de désenchantement » et de « désillusion ». Il l’explique par l’influence grandissante de la sécularisation et la difficile mise en œuvre des réformes après l’enthousiasme des sessions conciliaires. Parmi les difficultés soulevées, il ne fait pas l’impasse sur les questions théologiques liées à la restauration du missel. Ces détracteurs dénoncent l’utilisation de la langue du peuple, l’importance accordée à la communauté et un certain iconoclasme à l’égard des richesses artistiques du passé. La réponse du jeune Professeur est claire. Il explique : « qu’il n’est pas difficile de montrer que l’argument du mystère ne vaut pas ; car, tout comme pour le fait de se retirer dans le silence d’une dévotion individuelle qui ne veut pas être dérangée par la communauté, à sa base, il y a une méconnaissance profonde de qu’est le culte chrétien de par sa nature. Ce culte est essentiellement annonce de la bonne nouvelle de Dieu à la communauté rassemblée, accueil de cette annonce par la communauté qui répond, parole de l’Eglise adressé en commun à Dieu, laquelle d’ailleurs interfère avec l’annonce. » Concernant l’usage exclusif du latin, langue morte et considérée par certains comme un rempart face aux errements dogmatiques, Joseph Ratzinger affirme que « la langue doit non pas voiler, mais découvrir, elle ne signifie pas isolement dans le silence de la prière individuelle, mais approche les uns des autres pour s’unir dans le nous des enfants de Dieu qui disent ensemble : « Notre Père » ». Il souligne ensuite l’importance décisive des évolutions voulues par le Concile Vatican II qui replace la Parole au centre de l’action liturgique qui au cours des siècles « s’était vidée en devenant rite ».

Certains affirment, et encore de nos jours, que la liturgie latine est intangible, fixée définitivement. A nouveau, le Professeur Ratzinger dénonce cette position qui « revient à ranger la liturgie dans le musée des antiquités, à la neutraliser dans l’esthétisme. Aussi, peut-on dire qu’aujourd’hui personne ne démontre d’une façon plus persuasive la nécessité et le bon droit de la réforme liturgique que ses adversaires. Car ce qu’ils défendent, c’est une fausse conception de la liturgie ; et par conséquent ce qu’ils démontrent, c’est que la liturgie, dans la forme qu’elle avait jusqu’alors, risquait de faire passer cette fausse conception pour la vraie. Pour juger de la réforme liturgique, il ne faut pas regarder si elle a fait augmenter le nombre de gens qui viennent à la messe, mais uniquement et seulement si elle répond au caractère fondamental de culte chrétien en tant que tel. »

Ces quelques lignes sont toujours d’actualité. Cinquante ans plus tard, la situation s’est même aggravée entre les tenants d’une liturgie « dé-ritualisée » obéissant aux sentiments subjectifs de l’assemblée, et les partisans d’un « retour en arrière » considéré comme une solution d’avenir (!!!). Pour Joseph Ratzinger la solution n’est ni dans une fuite en avant, ni dans « la dogmatisation du goût d’une période de l’histoire », mais dans une saine appropriation de la réforme liturgique. Devenu Pape, cette préoccupation reste très présente dans ses enseignements par l’herméneutique de la continuité qui présente le missel du bienheureux Paul VI comme la suite logique de celui de Saint Pie V. Dans le domaine liturgique, le prêtre n’agit pas selon ses goûts mais selon le missel que l’Eglise lui offre.