1/12/2016 - Les abus liturgiques... Ce n'est pas du neuf !

Les paroissiens sont parfois surpris...

Les abus liturgiques... Ce n'est pas du neuf !

Contrairement à beaucoup d’idées reçues, les abus liturgiques ne sont pas liés à un rite particulier. La forme ordinaire (missel de 1969) n’est pas synonyme de laxisme liturgique dont le seul remède serait la (re)découverte du missel tridentin. C’est pourtant ce que sous-entendent les partisans d’une « réforme de la réforme » qui souhaitent introduire dans le missel du Bienheureux Paul VI des éléments de l’ancien rite. Cette option, répandue dans certains milieux « conservateurs » mésestime la réforme liturgique et en refuse pratiquement certains aspects.

Historiquement, et c’est à déplorer, la dérogation plus ou moins consciente aux règles liturgiques fait partie de la vie de l’Eglise qui rappelle sans cesse la norme face aux abus. Ainsi, dès le début de la prédication apostolique, saint Paul réprouve les dérives qui se glissent dans les Assemblées chrétiennes de Corinthe. Dans le chapitre 11 de son épître aux Corinthiens, l’apôtre attire l’attention sur le fait que les hommes prient et prophétisent la tête couverte alors que les femmes ont la tête nue. Il poursuit en dénonçant les inégalités entre les riches et les pauvres. Enfin, il regrette l’indignité avec laquelle certains communient. Pour y remédier, saint Paul rappelle que le Christ doit être au centre de la célébration et cite intégralement les paroles de l’institution de l’Eucharistie.

Pour réagir face à la diversité des rites qui nuisent de plus en plus à l’unité liturgique de l’Eglise, le Concile de Trente (1545-1563) établit des règles précises pour la célébration de la Messe. Dans ce sens, le missel « de saint Pie V » est un chef d’œuvre de codification et les nombreux manuels qui ont été imprimé depuis cette époque attestent du sérieux de cette réforme. Est-ce pour autant la fin des abus liturgiques ? Hélas non, et les innombrables mandements et rappels à l’usage du clergé relèvent régulièrement les erreurs à ne pas commettre. La lecture de certains avis éclaire sur la situation générale. En effet, un cas isolé ne nécessite pas des remontrances collectives ! Il est donc permit d’établir qu’un missel, même codifié à l’extrême, ne constitue pas un rempart contre les défauts d’intention et les erreurs du célébrant.

En 1909, le Père Caron, prêtre de Saint-Sulpice, publie « Les cérémonies de la messe basse » sur les fautes à ne pas commettre lors de la célébration de la Messe. Cet ouvrage, parmi tant d’autres du même genre, illustre le climat liturgique de l’époque et apporte un éclairage sur la formation sacerdotale au début du 20ème siècle. A titre d’exemple, le religieux écrit :
« On va de la sacristie à l’autel la tête découverte ; ou bien on marche précipitamment. Au lieu de quitter la calotte à la sacristie, on la quitte en arrivant à l’autel et on la pose dessus : on n’y doit poser que ce qui sert à la messe. Après avoir fait la génuflexion ou l’inclination profonde, au bas de l’autel, au commencement et à la fin de la messe, quelques-uns font encore une inclination de la tête : il faut s’en abstenir. On baise l’autel par le côté, tandis qu’on doit le baiser au milieu. Après l’évangile, en baisant le texte, on baise le premier endroit qui se présente : il faut baiser le commencement. On prononce avec effort les paroles de la consécration, en remuant la tête à chaque mot, ou bien on tient le pied droit levé et on l’appuie par le bout sur le marchepied : il faut éviter l’un et l’autre. A la consécration du vin, certains prêtres tiennent la bouche au-dessus de la coupe, de manière à prononcer les paroles au-dedans du calice : cela n’est pas décent. En faisant l’élévation, tant de l’hostie que du calice, il faut élever l’une et l’autre en ligne droite, et on pèche si on ne les suit pas des yeux pendant cette action. Quelques-uns font une raie sur l’hostie avant la fraction : c’est une irrévérence, il faut faire cette raie en préparant le calice. Au Domine non sum dignus, plusieurs étendent entièrement le bras pour se frapper la poitrine avec force : il faut seulement remuer l’avant-bras, se frapper légèrement et poser ensuite sans bruit la main sur l’autel. Pour communier, on presse l’hostie entre les lèvres et il peut y rester des particules qui, s’attachant ensuite sur les bords du calice, sont exposées à être perdues quand on l’essuie : c’est une notable irrévérence. En prenant le précieux Sang, on suce le calice avec bruit et affection, ce qui choque les assistants. C’est une faute, à l’évangile de saint Jean de dire Dominus vobiscum avant d’être arrivé au coin de l’autel, et de faire la génuflexion à Et verbum caro factum est, en se tournant vers la croix, tandis que la règle prescrit de faire la génuflexion vers l’angle du gradin de l’autel.  S’il faut éviter la trop grande longueur qui fatigue les assistants, on doit encore plus être en garde contre la précipitation qui les scandalise. Le prêtre sera donc très attentif à prononcer avec gravité, sans manger une partie des mots comme il arrive ordinairement à ceux qui vont trop vite, et à joindre les cérémonies aux paroles qui doivent les accompagner. C’est surtout en faisant le signe de croix sur les dons sacrés, qu’il évitera cette agitation ridicule des mains qu’un saint appelle les cercles du diable. »

En lisant ces quelques lignes, on imagine aisément certaines célébrations d’autrefois pourtant régies par une multitude de rubriques très précises ! De tout temps, ce qui fait l’abus liturgique, ce n’est pas le rite en lui-même mais la façon de l’appréhender. Le missel n’appartient pas au prêtre... L’Eglise lui confie le rite pour qu’il le célèbre intégralement et pas pour qu’il le modifie à sa guise ou selon les goûts du moment. Selon l’intention du célébrant, n’importe quel rite, ordinaire ou extraordinaire, peut être célébré dignement ou donner lieu à un « spectacle » affligeant.

Le missel restauré par le Bienheureux Paul VI peut être utilisé dans la langue vernaculaire. De ce fait, « l’improvisation cléricale » est beaucoup plus facile qu’en latin ! Cette faculté est pour le prêtre l’occasion d’être d’autant plus rigoureux à lire mot à mot ce qui est écrit, et se rappeler qu’il n’est qu’un instrument au service de Dieu et certainement pas le Préfet pour le Culte divin !