12/11/2016 - Rite extraordinaire, homélies, populisme : nouvelles confidences du pape François

Vous trouverez ci-dessous une publication de M. l'Abbé Dominique Fabien Rimaz. Il publie quotidiennement des articles sur son blog "Le Suisse Rom@in" :   http://lesuisseromain.hautetfort.com/

Rite extraordinaire, homélies, populisme : nouvelles confidences du pape François


Dans tes yeux se trouve ma parole, tel est le titre du livre qui sort en Italie ce 10 novembre et regroupe tous les discours, textes, messages et homélies de la période pendant laquelle Bergoglio était archevêque de Buenos Aires.
Tout ou du moins ce dont il reste une trace écrite ou dont il était possible de faire la retranscription à partir d’un enregistrement.
Un pavé de 950 pages qui s’ouvre par une nouvelle interview, intitulée « Les traces d’un pasteur », donnée au père Antonio Spadaro, jésuite, directeur de la Civilta Cattolica et auteur du premier entretien du pontificat en 2013.

L'occasion pour François de revenir sur un certain nombre de sujets d'actualité.
Le rite extraordinaire
« La simplicité des enfants, m’évoque, avec les adultes, un rite direct, où tout le monde participe, elle m’évoque des messes paroissiales où on expérimente une telle piété. Me viennent à l’esprit des propositions visant à pousser les prêtres à tourner le dos aux fidèles, à repenser Vatican II, à employer le latin. Et cela pas seulement pour des petits groupes mais pour tous », explique le père Spadaro.
Réponse du pape : « Le pape Benoît XVI a posé un geste juste et magnanime pour aller à la rencontre d’une certaine mentalité présente dans certains groupes et parmi les personnes qui, nostalgiques, se sont éloignées. Mais c’est une exception. C’est pourquoi on parle de rite "extraordinaire". L’ordinaire de la messe, ce n’est pas cela. On doit aller à la rencontre de ceux qui sont liés à une certaine manière de prier, il faut être magnanime. Mais l’ordinaire ce n’est pas cela. Vatican II et Sacrosantum Consilium doivent être appliquées tels quels. Parler de la "réforme de la réforme" est une erreur. »

Analyse de M. l'Abbé Dominique Fabien Rimaz :

- Le rite extraordinaire n'existe pas. Il n'y a dans l'Eglise latine qu'un seul et unique rite romain, sous deux formes: ordinaire (selon le bienheureux Paul VI) et extraordinaire (Saint Jean XXIII). Joseph Ratzinger disait bien: ce que l'Eglise a promu saintement durant des siècles ne saurait être abrogé. Il avait eu l'audace de le dire clairement et humblement au bienheureux Pape Paul VI. Dans son livre "derniers entretiens", le Pape émérite développe sa volonté de réconcilier l'Eglise avec elle-même. - il est avéré que le Pape Benoît XVI, et le Cardinal Ratzinger, grand spécialiste de la liturgie, n'a jamais utilisé le terme "réforme de la réforme". Sa ligne n'a nullement été de rendre la forme extraordinaire ordinaire. Comme le dit également le Pape François, c'est une exception. Le Cardinal Ratzinger a toujours été pour une diversité liturgique, dans la fidélité à l'Eglise. Il ne célébrait d'ailleurs que la forme ordinaire.
- Les textes de Benoît XVI sont totalement dans la ligne de Sacrosanctum Consilium, la première constitution du Concile Vatican II. Tout comme les interventions du Cardinal Sarah.
- Le Cardinal Sarah, préfet de la congrégation pour la discipline des sacrements, va dans cette même ligne que le Pape émérite, dont les intuitions spirituels résident dans son livre "l'esprit de la liturgie", titre qui reprend celui de Romano Guardini. Pour le Cardinal Sarah, la réforme de la réforme, comprise comme une réécriture des normes liturgiques est bien sûr une erreur. Le Cardinal Sarah et le Pape François se sont d'ailleurs rencontrés; cela à donner lieu à un communiqué du Père Lombardi (pas très clair).
- L'expression réforme de la réforme est piégée, voilà ce que veut dire le Pape. Le Cardinal en charge de la liturgie s'est expliqué: réforme de la réforme n'est pas à prendre dans le sens d'une réécriture de la réforme liturgique opérée à la suite du Concile Vatican II, mais bien à une réforme de son application dans les faits. Les prêtres doivent se réformer, se convertir, se remettre dans le moule (reformer, remettre dans la forme originale) et célébrer la Messe selon la réforme authentique du Concile Vatican II et de ses applications postérieures, soit célébrer la liturgie de l'Eglise. L'enjeu de la réforme est là.
- Il est tout à fait dans l'esprit de la liturgie de Vatican II de célébrer en latin, en se tournant vers l'Orient, face à Dieu. Cela dépend des circonstances. Les deux manières sont possibles dans la forme ordinaire. Il suffit de lire les rubriques et le Missel romain. Les normes liturgiques sont tout à fait claires. La messe en latin et une mauvaise expression, car elle ne concerne pas que la forme extraordinaire, mais aussi le forme ordinaire.
- Il est donc important d'analyser la réalité désignée par des mots. Si on n'en reste qu'aux mots, l'idéologie prend le dessus, et on oppose le Cardinal Sarah au Pape. Cela ne laisse malheureusement pas transparaître la véritable pensée du Pape François, qui ne contredit ni le Cardinal Sarah, ni le Pape émérite Benoît XVI. Cela fera simplement couler beaucoup d'encre et nous compliquera la vie.