09/02/2017 - Maintenir le système ou regarder l'avenir autrement ?


La situation de beaucoup de paroisses est préoccupante : effondrement de la pratique religieuse, manque de bonnes volontés... Beaucoup de prêtres peuvent sombrer dans le découragement. Ils célèbrent la Messe avec foi et piété, continuent de préparer une homélie et essayent de tenir le coup avec une moyenne de 5 pratiquants réguliers chaque dimanche. On n’en parle peu... sauf pour dire que si les messes étaient plus « vivantes », il y a aurait plus de monde... Hélas, la situation n’est pas aussi simple !

Regarder la situation !

C’est sans doute le premier pas à franchir... Regarder la situation sans se mentir. Compter les paroissiens (et pas uniquement à Noël ou à l’occasion de la Messe anniversaire d’un défunt), estimer la moyenne d’âge, les forces vives et l’état de l’église. Sauf dans des cas rarissimes et dans des conditions particulières, je n’ai jamais entendu un prêtre se réjouir de la pratique religieuse en regardant sereinement l’avenir... C’est souvent l’inverse qui se produit et l’arrivée d’un hiver rigoureux fait inexorablement baisser le petit nombre de fidèles. Tous ceux qui fréquentent encore une église de campagne peuvent en témoigner : ça sent la fin ! Mais attention ! La fin d’une époque est toujours le début d’une autre, à condition de ne pas subir les événements.

Jusqu’au bout ?

Il est temps de prendre des mesures vigoureuses et d’envisager un autre avenir. Est-il souhaitable de maintenir des lieux de cultes vétustes et sales, de boucher les trous avec d’innombrables prêtres venant de loin (qui sont souvent beaucoup plus utiles dans leur pays d’origine confronté à l’Islam radical et à la montée des sectes !) pour une poignée de fidèles à bout de souffle ? Sans porter de jugement sur la bonne volonté générale, il est utile de se demander s’il faut maintenir à tout prix un système qui est de moins en moins porteur ? Il y va de la foi des fidèles (découragement) et de la santé psychologique du clergé (culpabilisation et dégoût).

La semaine dernière, un prêtre me racontait sa célébration dominicale. Comme d’habitude, il y a une vingtaine de paroissiens (15 « en bas » et 5 « au jubé »). La moyenne d’âge dépasse largement le millénaire ! Tant bien que mal, la « chorale » tente de chanter quelques refrains. Ceux-ci sont mal accompagnés, dans un ton bien trop haut pour ces voix fatiguées... Le couinement est insupportable et la prestation n’en finit pas au mépris des règles liturgiques élémentaires. Certains paroissiens déplorent le peu de monde et affirment que si la Messe était célébrée plus tardivement, il y aurait du monde ! Cette analyse est bien naïve ! Si tout n’était qu’une question d’horaire, le problème serait vite réglé. A la collecte, le panier est vide... comme l’église : moins de 5 Euros pour 20 personnes. Cela peut sembler anecdotique. Hélas, non ! Une personne motivée offre son temps (engagement) et son argent (participation). Que dire d’un paroissien qui « tape » sans honte 5 centimes dans le panier et qui arrive systématiquement avec 10 minutes de retard ? Pas ou peu de ferveur, bavardages, mines allongées... Comment prêcher dans une telle atmosphère ?  Le prêtre s’en sort en lisant un texte copié-collé d’un site Internet.

Défaitisme ?

Regarder en face la réalité permet d’envisager l’avenir. Rester dans l’illusion et croire qu’il suffit d’un gadget (danser durant la célébration, réaliser des affiches sur des panneaux en frigolites) pour résoudre le problème conduit inévitablement dans le mur... et nous y allons à grande vitesse ! A ce rythme, que restera-t-il dans 10 ans ? Seule la foi nous permet de poser un regard serein sur l’avenir qui appartient à Dieu. Sa grâce nous précède mais elle veut notre bonne volonté pour donner sa pleine mesure. Il est donc important de cultiver un optimisme réaliste, sans faire l’autruche et sans pleurer sur un passé révolu. Le véritable défaitisme consiste à maintenir un système usé jusqu’à l’épuisement complet des forces vives. Tout au long de l’histoire, le génie du christianisme a été de s’adapter aux situations nouvelles tout en restant fermement enraciné dans la Tradition sans cesse vivante.

Et demain ?

Plutôt que de subir la situation, il est urgent d’envisager l’avenir. Il est impossible de vouloir tout maintenir, et ce n’est pas souhaitable. Le système que nous connaissons correspond à une période de chrétienté bien installée mais certainement plus à une société post-moderne confrontée à la montée des intégrismes. A une situation nouvelle, il faut une réponse nouvelle. Pourquoi ne pas former quelques communautés urbaines, regroupant plusieurs prêtres, dans un même souci d’évangélisation. Seul au milieu de nulle part et peu entouré, le prêtre s’essouffle et perd le sens de sa vocation. Avec d’autres confrères unis dans un même projet, entouré de quelques fidèles motivés, dans une église « de passage » bien située, le message évangélique peut davantage toucher nos contemporains. Plutôt que de multiplier les célébrations dans des églises désertes, pourquoi ne pas proposer une seule Messe chaque dimanche, mais avec tout le déploiement de la liturgie catholique. Cela n’est plus possible partout ! Mais cela reste envisageable dans certaines villes. Mieux vaut proposer moins, mais proposer mieux. Une belle célébration, dans une belle église, évangélise par le sens du sacré qui en transparaît. Il est clair que la Messe a une valeur inestimable, même célébrée par un prêtre et une poignée de fidèles. Mais son rayonnement missionnaire s’épanouit davantage dans de bonnes conditions.

Il est urgent de réunir les prêtres (surtout les plus jeunes) dans chaque diocèse afin d’envisager sereinement l’avenir et de rationnaliser les lieux de célébrations. Ce n’est pas de gaité de cœur qu’il faut envisager certaines fermetures d’église mais c’est inévitable et douloureux. L’histoire du christianisme et les exemples récents montrent que l’évangélisation est rarement le fait d’une personne isolée. C’est une œuvre commune à partir d’un centre qui rayonne. Dès lors, les critères sont simples : quelles sont les églises qui rayonnent ? Où trouver et regrouper des bonnes volontés ? Que fonder ? Que fermer ?... Il convient également d’insister sur la beauté du culte et sur la pertinence de la Parole annoncée. Le christianisme peut combler le cœur de l’homme. Si personne ne l’annonce, ou si le message est édulcoré au point de devenir simplement un ensemble de valeurs humanitaires, il finira par disparaître ! Mais s’il est annoncé et célébré comme Lumière du monde et Sel de la terre, alors il grandira et s’épanouira à nouveau.

Les transitions sont toujours des moments difficiles à vivre. Il faut les considérer comme une chance et un défi à relever. Les changements sont urgents. Récemment, le journal « La Croix » relayait une information inquiétante concernant le malaise de plus de 100 prêtres dans un diocèse. L’absence de perspective d’avenir est au centre de cette enquête. Reconnaître la situation, c’est déjà un pas dans la bonne direction. Changer tant qu’il est encore temps est sans doute la prochaine étape... à condition de ne pas noyer le poisson dans des commissions et sous-commissions... habitude ecclésiastique qui ne donne habituellement que peu de résultats.