09/03/2017 - Perspective missionnaire

Perspective missionnaire !

L’Eglise est missionnaire dans sa constitution. Après la Pentecôte, les apôtres prêchent l’Evangile sans peur et leur prédication enflamme le monde ! Sans mission, sans annonce explicite de la foi, il n’y a pas d’avenir... et la vie chrétienne s’estompe jusqu’à devenir un vague fourre-tout de valeurs humanistes.

Pour envisager l’avenir sereinement, il importe de regarder clairement la situation et de répondre chrétiennement aux défis qu’elle nous pose. Ce travail urgent concerne l’ensemble des baptisés, laïcs et ministres ordonnés, car tous sont responsables de la mission. Dans cette œuvre, le prêtre a une mission particulière. De part son ordination, il est configuré au « Christ-tête ». Il lui revient d’enseigner la foi et d’encourager les fidèles à la sainteté. Si le prêtre doute, c’est le peuple qui doute. Si le moteur s’essouffle, ce sont les fidèles qui peu à peu sombrent dans la tiédeur.

Nous vivons dans un monde de plus en plus sécularisé, indifférent ou hostile à la foi chrétienne. Plutôt que de subir les événements avec fatalité, pourquoi ne pas relever le défi de l’évangélisation en vivant dans une dynamique missionnaire.

Le jour de l’Ascension, le Christ envoie les apôtres à la conquête du monde : « Allez, de toutes les nations faites des disciples. » Le but est précis ! Transmettre la foi et pour cela l’annoncer clairement. La finalité de la vie chrétienne est de connaître Dieu, de le faire connaître, et de témoigner du Christ qui doit occuper le centre de l’existence. Configuré au Christ, Saint Paul s’écrie : « pour moi vivre c’est le Christ ! » C’est à un degré suprême le but de la vie du prêtre : ne faire qu’un avec lui pour le transmettre au peuple dont il a la charge. Pour ce faire, le prêtre doit utiliser tous les moyens qui s’offrent à lui et faire preuve d’imagination pour annoncer la Parole et convaincre ceux qu’il rencontre.

C’est ce qu’a fait l’Eglise de tous temps ! Pourquoi a-t-elle ouvert des dispensaires et des hôpitaux ? Pour s’occuper des âmes tout en soignant les corps... Pourquoi a-t-elle fondé une multitude d’écoles ? Pour former des générations chrétiennes ferventes et généreuses... Le but est religieux et si, comme aujourd’hui, on l’oublie, plus rien ne justifie un tel investissement qui demeure stérile car coupé de l’objectif premier. Une école chrétienne est un lieu où l’enfant grandit aux niveaux intellectuel et spirituel. Elle est ouverte à tous, mais ceux qui font le choix d’y aller doive accepter cette perspective. Il est évident qu’on est loin de cet idéal et que beaucoup se réjouissent de cet affadissement.

Entretenir une perspective missionnaire, c’est garder la jeunesse du cœur qui reste capable, malgré les épreuves, de s’émerveiller de la Parole du Christ et de la transmettre. Au contraire, le fatalisme alourdit la vie spirituelle et étouffe l’avenir. Une chose est de reconnaître le déclin du christianisme dans nos pays, une autre est de l’accepter et pire encore de s’en réjouir.

Comment entretenir une perspective missionnaire ?

En étant continuellement relié au Christ par la prière et l’approfondissement de sa Parole. Sans cette dimension, il est facile de tomber dans l’activisme et le volontarisme qui, déconnectés de la source, restent stérile. C’est le Christ qui sauve. Nous ne sommes que des instruments imparfaits et il ne nous revient pas d’exiger des résultats immédiats. Il faut semer... dans l’espoir de la moisson. Mais il ne faut pas semer l’ivraie ! Nous ne devons pas prêcher notre parole mais celle du Christ et faire découvrir l’enseignement de l’Eglise qu’il ne faut pas accommoder au gré des situations.

La perspective missionnaire s’entretient également par la fréquentation de « témoins » qui veillent à ne pas éteindre la flamme. Il y a des conversations qui élèvent... et d’autres qui plombent le moral. Evidemment, il est normal certains jours d’être tenté par le découragement, mais cela doit rester une tentation. Y succomber revient à douter de la présence agissante du Christ qui conduit la barque malgré la tempête. Pour avancer sur ce chemin, il faut cultiver de vraies amitiés chrétiennes qui permettent de communier aux mêmes réalités.

Associé à la prière, une formation solide est indispensable. Il faut lire... et pas que des revues ! Sans formation, le danger est grand de considérer ses intuitions comme étant celles du Saint-Esprit. Notre intelligence doit être formée et confrontée à l’enseignement de l’Eglise. Nous ne  sommes pas établis « à notre compte ». Nous ne sommes que des intendants. La fréquentation de bons auteurs élève l’âme et la maintient dans une dynamique d’évangélisation. Il suffit de regarder la bibliothèque de certains prêtres pour mieux comprendre certaines de leurs homélies qui s’éloignent gravement de la doctrine chrétienne.

Comment perdre l’élan missionnaire ?

La perte de l’élan missionnaire est rarement brutale. Peu à peu, le prêtre renonce à l’idéal du début de son ministère, le jugeant irréalisable. La vie est souvent impitoyable et le désir de plaire au monde peut être redoutable. A force de compromis, on abandonne ce que l’on juge « accessoire »... et d’accessoire en accessoire, on en arrive à brader l’essentiel. Dans la vie du prêtre, les détails ont leur importance car ils constituent autant de protections face à la tiédeur. 

Dans un monde superficiel, la peur de déplaire étiole également le sens missionnaire. Je me rappelle un prêtre qui soutenait (hélas de bonne foi !) que vivre la fraternité était plus important que la pratique dominicale. Un autre, dont l’église était quasiment vide, démontrait sérieusement que les gens ont une image positive du prêtre si celui-ci participe à toutes les activités sociales de la région. Pour y faire quoi ? Annoncer le Christ ? Hélas non, simplement être présent et montrer un visage bienveillant. Une telle attitude peut-elle produire des fruits ? Le vide ne peut produire que du vide...

Pour évangéliser, il faut accepter de se remettre en question, c’est-à-dire de confronter sa vie avec l’enseignement du Christ et la réalité de l’Eglise universelle. Comment rester aveugle et sourd face aux nouveaux mouvements ecclésiaux débordant d’énergies missionnaires ? Alors que la plupart des jeunes qui assistent régulièrement à la Messe sont souvent en quête d’un christianisme authentique et généreux, comment continuer à proposer une religion « au rabais » pour plaire à ceux... qui ne viennent quand même pas ! Un jeune ne peut s’engager à la suite du Christ que si l’Eglise l’annonce avec clarté. Les temps changent... nous ne sommes plus dans les années septante ! Il est peut-être grands temps de l’accepter et de remettre en question une certaine pastorale qui n’a pas donné de résultat. C’est une démarche d’humilité et de confiance en l’avenir. Il est évidemment plus simple de « continuer comme on a toujours fait » jusqu’à l’extinction totale. Un chrétien ne peut jamais se contenter d’une mauvaise situation. Il peut la déplorer mais il doit surtout faire ce qu’il peut pour la changer et y mettre le Christ.

Danger de cette situation
Peu à peu, c’est le cœur de la foi qui est rongé. Le prêtre perd le sens de son sacerdoce. Il devient peu à peu un fonctionnaire « qui fait tourner la boutique » sans oser penser à demain. On s’habitue à tout... même au pire ! A force de vivre dans la crasse, on ne la voit plus. On la trouve même normal. Ainsi, un prêtre se réjouissait de célébrer une messe « conviviale » entourée de cinq grand-mères adorables. On réfléchira après... Malheureusement, l’inertie est fatale et empêche le renouveau. Peu à peu, on attend la fin...

Des signes qui ne trompent pas...

L’église est le premier lieu de l’évangélisation. Quand la porte est ouverte, il y a souvent des gens qui entrent par curiosité. Si le prêtre est présent, la conversation s’engage facilement. L’homme se pose tant de questions... Qui lui répondra ? L’église est le premier lieu de vie du prêtre. Il doit la rendre belle car c’est là qu’il accomplit ce pour quoi il a été ordonné. Un jeune ne devient pas prêtre pour être un animateur social. L’autel est le premier « instrument de travail » du prêtre. Quand on voit certaines églises et certains autels... on comprend la crise de la foi. Evidemment, si un prêtre à une multitude d’édifices à entretenir, il ne peut pas tout faire. Il doit alors se concentrer dans l’église où il vit et faire de celle-ci un pôle qui rayonne. Négliger le lieu de culte conduit à la perte du sacré. Ainsi, on peut être effrayé quand une institution religieuse restaure les sanitaires... avant la chapelle. C’est une question de priorité qui en dit long...

La Messe est missionnaire. La façon dont elle est célébrée en dit long sur la foi du prêtre. A-t-il conscience d’être en présence de Dieu. Cela crève les yeux.... Une tenue nonchalante, les bras ballant, l’absence d’ornement, l’omission volontaire de certaines prières... Tout cela traduit une âme sacerdotale affaiblie. La pente est glissante.

Pour justifier la crasse, on invoque souvent le manque de moyens... Dans certains cas, pourquoi pas... mais un peu de détergent, de « sidol » et d’huile de coude produisent des miracles. Il y a va de la crédibilité du culte divin. Comment enseigner que Jésus est réellement présent dans l’Hostie quand celle-ci est moisie dans un tabernacle qui sent la pourriture à plein nez ? Comment vivre la Messe « source et sommet de la vie chrétienne » quand le prêtre lui-même semble ne  plus croire en ce qu’il fait ?

Les remèdes

Un bon remède pour cultiver l’idéal missionnaire consiste à considérer l’Eglise dans son universalité. Tout au long de l’histoire, des œuvres on grandit et d’autres sont mortes. Il importe donc d’ouvrir les yeux et d’encourager ce qui naît... Les situations sont différentes mais le fond doit rester le même et les nouvelles fondations sont souvent remarquables par leur fidélité et leur enthousiasme.
Il importe également de ne jamais s’habituer à une mauvaise situation et encore moins de la promouvoir. Le manque de foi ne peut jamais être justifié ! L’abandon de la pratique ne peut jamais être présenté comme un bien... même s’il faut prêcher dans le désert.
Le Christ a annoncé le Royaume sans détour ! Pourquoi ne pas retrouver et développer cette candeur dans l’annonce ?
Il est évident que nous n’avons pas toutes les cartes en mains. Tant de situations nous échappent. Néanmoins, dans les domaines qui nous concernent directement, des changements sont possibles. Il est grand temps de se réveiller et d’annoncer clairement le Christ. Nous ne pouvons pas être chrétiens à temps partiel.