24/03/2017 - L'embolisme



L’embolisme

Le rite de la communion commence par le « Notre Père ». Après cette prière commune de l’assemblée et du célébrant, celui-ci doit réciter l’embolisme qui développe la dernière demande de la prière du Seigneur. Ce mot d’origine grecque (embolismos) signifie « placer entre ».

« Délivre-nous de tout mal, Seigneur, et donne la paix à notre temps ; par ta miséricorde, libère-nous du péché, rassure-nous devant les épreuves, en cette vie où nous espérons le bonheur que tu promets et l'avènement de Jésus Christ, notre Sauveur. »

Dans beaucoup de paroisses, cette partie de la Messe est hélas transformée, abrégée ou massacrée... Ouvrons le Missel romain où tout est écrit !

1. Que demande le Missel ?

1. Prière du « Notre Père » (prêtre et assemblée)
2. Embolisme (prêtre) : « Délivre-nous de tous mal, Seigneur, et donne la paix à notre temps... »
3. Acclamation (assemblée) : « Car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire... »
4. Prière pour la paix (prêtre) : « Seigneur Jésus-Christ, tu as dit à tes apôtres... »
5. Acclamation (assemblée) : « Amen »
6. Salutation (prêtre) : « Que la paix du Seigneur soit toujours avec vous »

2. Que voit-on souvent ?

1. Prière du « Notre Père » (prêtre et assemblée)
2. Acclamation (prêtre et assemblée) : « Car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire... », avec la conclusion « Amen » qui n’est pas prévue à ce moment !
3. Prière pour la paix (prêtre) : « Seigneur Jésus-Christ, tu as dit à tes apôtres... », avec ajouts de verbiages et digressions sur le thème de la paix...
4. Acclamation (assemblée) : « Amen »
5. Salutation (prêtre) : « Que la paix du Seigneur soit toujours avec vous »

3. Les « bonnes excuses »...

Quand le fidèle, surpris de cette suppression, interroge le célébrant, celui-ci répond souvent que l’embolisme est inutile car tout est dit dans le « Notre Père ». Pourquoi développer quand tout est dit ? Cette « justification » est absurde car on peut, dans cette optique, supprimer la plupart des prières de la Messe qui ne font que répéter inlassablement les mêmes louanges et les mêmes demandes. Insistons sur le fait que beaucoup de prêtres qui omettent l’embolisme sous prétexte de répétition et de longueurs n’hésitent pas à développer leurs propres théories tout au long de la Messe sans respect des règles liturgiques. Certains verbiages « cléricaux » au cours de la célébration sont insupportables et tuent le recueillement.

Certains prêtres disent aussi que les fidèles sont habitués à dire l’acclamation immédiatement après le « notre Père ». Dans cette situation, il est important de rappeler que les « mauvaises habitudes » peuvent être corrigées à condition d’expliquer la règle. Il est urgent que les fidèles soient formés au sens liturgique.

4. Le bon sens liturgique

- L’embolisme est attesté dès la fin du 6ème siècle. Comme beaucoup de prières, elle a connu plusieurs développements au cours du temps. Elle retrouve sa beauté originelle par une simplification lors de la restauration du Missel romain suite au Concile Vatican II.

- Il n’appartient pas au prêtre de décider ce qu’il faut « garder » et ce qu’il faut « supprimer » dans les prières liturgiques. En 1969, le Pape Paul VI réagissait avec fermeté contre la légèreté avec laquelle certains prêtres considèrent le Missel. «  La réforme présente des dangers, en particulier celui de l’arbitraire et donc de la désagrégation de l’unité spirituelle de la société ecclésiale, de la qualité de la prière et de la dignité de la liturgie. Les multiples changements introduits dans la prière traditionnelle et commune ont pu donner prétexte à cet arbitraire. Il serait cependant très regrettable que la sollicitude dont a fait preuve l’Eglise conduise à penser qu’il n’y a plus de règles communes, fixe et obligatoire dans la prière de l’Eglise et que chacun peut prétendre l’organiser ou la désorganiser à sa guise. Dans ce cas on ne devrait plus parler de pluralisme dans le domaine de ce qui est permis, mais de divergences, parfois non seulement liturgiques mais substantielles. Ce désordre que malheureusement on doit constater çà et là porte un préjudice grave à l’Eglise : il fait obstacle à la réforme disciplinées et qualifiée que celle-ci autorise».

- En guise de conclusion, il est bon de relire l’embolisme et de s’émerveiller de la beauté de cette prière. Au nom de tous, le prêtre demande la paix pour notre temps, la délivrance du péché et le secours dans les épreuves. La conclusion tourne le regard des fidèles vers le retour glorieux du Seigneur et la vie éternelle, finalité de la vie chrétienne. Il faut hélas constater que les prières inventées par des prêtres en quête de nouveautés sont souvent d’une banalité affligeante face à la noblesse des prières du Missel romain.