05/04/2017 - Célébrer la Semaine Sainte


Célébrer la Semaine Sainte

La Semaine Sainte est le point culminant de l’année liturgique. Les différents Offices permettent aux fidèles d’entrer pleinement dans le mystère de la mort et de la résurrection du Christ. Malheureusement, la crise liturgique que nous traversons n’épargne pas ces célébrations et il est important de rappeler quelques points fondamentaux.

C’est un fait indéniable que la pratique religieuse s’effondre. Dans certains villages, il y a encore une poignée de paroissiens dont la moyenne d’âge atteint des sommets. Récemment, un prêtre racontait que dans une de ses églises, il n’y avait plus qu’un seul fidèle à la messe dominicale et qu’il envisageait de fermer les portes... définitivement. Ce phénomène de désertion est encore plus marqué la Semaine Sainte ! En effet, les paroissiens âgés hésitent à sortir le soir, et peu de jeunes prennent la relève. Ajoutons que quand la Semaine Sainte se déroule durant les vacances scolaires, certains pratiquants réguliers n’hésitent pas à préférer le ski au Christ !

Dans ces situations difficiles à vivre pour le clergé et les pratiquants fidèles, comment vivre la Semaine Sainte ?

1. Célébrer l’intégralité des Offices de la Semaine Sainte

La crise de la foi que nous traversons éprouve notre fidélité et nous rappelle que le Christ doit être au centre de notre vie. Le prêtre, intendant fidèle des mystères divins, vit pleinement son ministère à l’autel. Il est évidemment plus gratifiant pour lui d’être entouré par un peuple fervent, mais il doit hélas accepter la croix de l’indifférence et célébrer même si la situation est peu favorable. Dans ce sens, il faut analyser la situation... maintenir les offices où c’est encore possible et arrêter sans amertume là où cela ne l’est plus. Un pôle qui rayonne évangélise davantage qu’une multitude de mouroir à bout souffle...

Pour bien célébrer les Offices de la Semaine Sainte, il est important que chaque prêtre lise attentivement les introductions et les rubriques du Missel. Celui-ci ne peut être remplacé par des « fiches liturgiques », ou un tas de photocopies ! C’est un signe qui ne trompe pas. Un fidèle attentif entend directement si les prières sont celles du missel ou si elles sont le fruit de l’imagination du prêtre qui outrepasse ses droits. Avec réalisme et sagesse, le missel propose parfois diverses possibilités qu’il faut exploiter selon les situations. Cette exigence rappelle à tous qu’une Communauté ne célèbre pas selon ses goûts et ses intuitions mais qu’elle doit entrer dans une démarche qui l’unit à l’Eglise universelle. Le prêtre n’est pas « établi à son compte » ! Il est ministre du Christ et de l’Eglise. Cela doit transparaître dans les célébrations qu’il préside.

2. Prendre le temps de célébrer

Il est fréquent d’entendre certains pratiquants déplorer la longueur des célébrations de la Semaine Sainte. Fatigué de ces plaintes, un Curé de paroisse répondait simplement : « Si vous estimez que la Messe est trop longue, c’est que votre amour est trop court ! » Tout est dit. Le mystère doit se déployer dans le temps et chaque rite, pour être signifiant, doit être accompli avec solennité. Dans certaines paroisses, pour éviter les reproches et satisfaire des équipes liturgiques sans formation correcte, des prêtres simplifient certains rites au point de vider les célébrations de toute transcendance.

Ainsi, le Jeudi Saint aura lieu une « Messe normale » sans encensement, ni procession, ni reposoir. Le ciboire sera remis dans le tabernacle principal après la Messe.

Le Vendredi-Saint, les lectures seront omises au profit d’une lecture de la Passion que l’assemblée écoutera assise. Les grandes intentions seront réduites afin d’éviter les répétitions...

Le Samedi-Saint, l’Exultet sera réduit à sa plus simple expression, il y aura 3 lectures au lieu des 7 prévues par le missel, la litanie des saints sera simplifiée... et finalement la célébration sera « bouclée » en 1 heure ! Ce n’est malheureusement pas une caricature !

3. Que faire ?

Constater est une chose... réagir est souvent plus difficile. Le prêtre fidèle ne peut pas arranger les Offices pour obéir aux caprices de quelques paroissiens. Il doit célébrer comme l’Eglise le demande, même s’il y a des incompréhensions et des refus. Et s’il ne trouve pas dans ses paroisses un nombre suffisant de fidèles pour assurer dignement le culte, il est toujours possible de se déplacer pour rejoindre une autre communauté. Chaque année, un prêtre organisait deux voitures pour aller avec quelques paroissiens s’unir à la Veillée pascale dans une église où un tel Office était encore possible. Il ne s’agit pas d’un échec car toutes les situations sont différentes. Il faut discerner ce qui est encore possible. Mieux vaut se déplacer et concélébrer plutôt que de célébrer Pâques le cœur lourd dans une église vide.

Il faut en outre encourager les catholiques à s’unir aux célébrations dignement célébrées. Le concept de paroisses « territoriales » est de plus en plus dépassé au profit de paroisses d’élection. Les moyens de locomotion favorisent ce mouvement. Plutôt que de subir une liturgie « bricolage » qui n’élève pas l’âme vers Dieu, il ne faut pas avoir peur de parcourir quelques kilomètres pour trouver mieux ! Tout n’est pas acceptable, sous prétexte que c’est à proximité surtout quand la foi est en danger. Le non respect du missel produit de mauvais fruits. Des homélies creuses minent peu à peu la foi qui s’étiole inévitablement. Si la liturgie n’est pas respectée, il ne faut pas rester ! C’est une question de survie spirituelle !