06/05/2017 - Vocation et liturgie

Vocation et liturgie

La vocation sacerdotale est intimement liée à la question liturgique. La diminution tragique du nombre de jeunes qui s’engagent dans le sacerdoce est, parmi d’autres, une grave conséquence de l’effondrement de la liturgie et de la « sécularisation » du ministère ordonné.

Tout d’abord, rappelons qu’une vocation sacerdotale s’épanouit à travers diverses expériences spirituelles (prières, célébrations...) et humaines (rencontres, lectures...) Dans ce sens, il n’y pas de vocation « chimiquement pure » ! L’appel de Dieu s’inscrit dans une histoire dans laquelle intervient inévitablement le sentiment. Comment en serait-il autrement dans une religion de l’Incarnation ? Dieu se sert de tout, même des faiblesses, pour se faire connaître et aimer.

Dans le monde, un jeune peut choisir une carrière par dépit. C’est triste, mais cela peut arriver... Habituellement, le choix de base se fait par idéal financier, manuel ou humanitaire... L’histoire familiale peut aussi jouer un rôle. Un enfant peut désirer devenir médecin en voyant son père exercer ce métier au quotidien, avec ses joies et ses difficultés. A la base de tous les choix, il y a des expériences heureuses... Le refus d’une carrière est également motivé par des questions restées sans réponses ou des rencontres décevantes.

Abordons la question du sacerdoce... Pour la plupart des gens, croyants ou indifférents, le prêtre est l’homme de la Messe ! Beaucoup se demandent d’ailleurs ce que peut faire « un curé » en dehors du dimanche. L’inconscient collectif associe directement le prêtre et l’autel. Chaque profession est liée à une fonction... il ne faut pas l’oublier. Dans le même sens, il est amusant de constater que, pour la publicité, le prêtre est forcément en soutane (ou en col romain), à vélo ou à l’église ! Il y a des codes qui demeurent, même s’ils sont reniés par certains membres de l’Institution. Or, ceux-ci sont fondamentaux dans l’éveil des vocations. Un jeune souhaite devenir prêtre s’il voit des prêtres ! Il faut qu’ils soient identifiables (car on ne rêve pas de devenir « invisible ») et qu’ils remplissent une fonction bien déterminée sous peine de perdre toute spécificité. Un prêtre qui n’avait jamais quitté le costume ecclésiastique rappelait ce point qui est loin d’être un détail : « Un prêtre en col romain, c’est un Credo ambulant ! »

L’enfant, et plus tard l’adulte identifie le prêtre à l’autel. « Le curé fait son métier, quand il dit la messe ». Si le prêtre célèbre dignement et respectueusement, l’assemblée s’élève vers Dieu. Il se passe quelque chose... Combien de prêtres racontent la naissance de leur vocation en voyant leur curé à l’autel, rêvant de remplir les mêmes fonctions. Un jeune n’entre pas au séminaire, en renonçant à fonder une famille, pour devenir « assistant social » ou « déménageur », mais d’abord pour célébrer le culte de Dieu. Dans l’épanouissement d’une vocation, le culte est souvent premier... l’apostolat vient dans un second temps. Dans ce sens, il est intéressant de regarder les endroits où fleurissent les vocations. Sauf cas extrêmement rares, l’appel de Dieu s’épanouit toujours dans un milieu où l'on montre une identité chrétienne, auprès de prêtres habités par la prière et l’estime du sacerdoce. Si beaucoup de séminaires diocésains sont désespéramment vides (au profit de nouvelles congrégations), c’est que l’image du clergé local et la qualité des célébrations sont à pleurer. Or, sans généraliser, la forme traduit le fond... et ce qui n’a pas de fondement peut difficilement s’exprimer dans le beau. Sans porter de jugement, il suffit de voir certaines célébrations diocésaines et l’accoutrement ridicule et négligé des prêtres pour comprendre que le sens du sacré leur est devenu totalement étranger. Les exemples sur « You tube (sans publicité !) sont nombreux. Les messes « à la carte » et soi-disant « pour les jeunes » ne produisent que du vide... tout au plus un sentiment d’autosatisfaction pour des catéchistes vieillissantes en mal de reconnaissance.

La Messe évangélise. Elle est également au cœur du recrutement sacerdotal. Célébrer correctement l’Eucharistie n’est pas un point de détail... car il touche à la vie de l’Eglise et à l’être profond du prêtre. L’abandon du ministère par de nombreux prêtres s’explique souvent par la perte de l’identité sacerdotale. Sans la prière, sans la Messe quotidienne, sans une vie « différente » parce que « consacrée », pourquoi devenir et rester prêtre ? La question est d’une importance capitale. Si le prêtre est considéré « comme tout le monde », il perd sa raison d’être. S’il est l’homme du Sacré, dont la vie est orientée vers le culte de Dieu, il est le représentant d’une autre réalité qui donne un véritable sens à la vie.

Personne ne donne sa vie sans certitude. Il y aura des vocations sacerdotales quand la Messe retrouvera sa véritable place dans la vie de l’Eglise, à la source et au sommet de toutes choses.