18/05/2017 - A propos d’une lettre qui ne m’est plus directement adressée...

A propos d’une lettre qui ne m’est plus directement adressée...

J’ai lu avec plaisir la « Lettre à un jeune qui pense au sacerdoce » de Mgr Patrick Chauvet. Après déjà quelques années de ministère au compteur, j’y ai retrouvé l’enthousiasme et l’idéalisme des années de séminaire. J’ai regardé ces années de formation avec émotion et nostalgie...

Dans les premières années de sacerdoce, le jeune prêtre s’imagine souvent qu’il convertira un grand nombre d’âmes, qu’il « réussira » là où d’autres ont échoués. Avec le temps, il doit accepter sa propre faiblesse et celle des autres, maintenir et faire grandir ce qu’il peut, « accepter de mourir » quand les œuvres espérées ne portent pas de fruit. Tant de réponses, de générosités et de refus dépassent son action pastorale. On récolte rarement ce que l’on sème... et la grâce s’épanouit souvent là où ne l’attend pas. Mystère d’un Dieu qui nous surprend et transcende notre petit horizon.

Sous peine d’être « usé » à 50 ans, le prêtre doit régulièrement se rappeler sa vocation, ses motivations premières, l’ardeur de la réponse de ses 20 ans, ses premières Messes, ses premiers sermons parfois imprécis mais si enflammé ! L’action liturgique aide le prêtre tout au long de sa vie à garder les yeux fixé sur l’essentiel : le Christ ! Les plans pastoraux sont vite dépassés car le monde va vite... La vie peut devenir anxiogène... Seul le Christ permet de maintenir le cap. Tout passe sauf Lui ! C’est par la célébration de la Mort et de la Résurrection du Christ que le prêtre traverse les tempêtes de la vie et s’attache à ce qui demeure.

Dans l’exercice du sacerdoce, il y a des priorités. La vie spirituelle est première et elle doit toujours garder cette place. Combien de prêtre s’étiolent dans des « apostolats » sans lendemain. Certains s’imaginent que pour être « accepté » il faut tout permettre, tout accepter, aller à une multitude de « dîner-spaghetti »... Le cliché du prêtre qui doit « être partout » est encore bien ancré... et c’est usant ! Les contacts sont bien évidemment utiles... mais ils doivent conduire à l’essentiel. Si, après 10 ans de « présence » dans une école, celle-ci ne souhaite pas d’animation spirituelle, le prêtre doit accepter la situation et se tourner vers d’autres apostolats plus porteurs. Ce n’est pas parce qu’on a « toujours fais comme ça » qu’il faut continuer jusqu’à épuisement du stock. Les prêtres ne doivent pas avoir peur d’explorer de nouvelles pistes d’évangélisation. Chaque époque apporte ces nouveaux défis. Il faut parfois sortir d’un système à bout de souffle et spirituellement éteint pour susciter de nouvelles perspectives. Dans la situation difficile que nous vivons, il est bon de viser la qualité de l’apostolat et le retour aux fondements de la foi plutôt que de s’éparpiller dans une multitude de vois sans issue.

L’apostolat principal du prêtre a lieu à l’église, dans la célébration des Saints Mystères. Si une œuvre ne conduit pas vers le Christ, elle est inutile ! L’Eglise n’est pas une œuvre philanthropique, une « ONG »... Elle a été instituée par le Christ pour le Salut du monde. Sans la Messe, il n’y a pas d’apostolat, il n’y a plus de sacerdoce ! La liturgie doit occuper la première place dans la vie du prêtre.

C’est ce que rappelle Mgr Chauvet dans sa lettre : « Le deuxième sacrement, tu le célébreras tous les jours, il s’agit de l’Eucharistie. Ce sera le cœur de ta journée » (p.79) Il cite ensuite Saint Jean-Paul II s’adressant aux prêtres de Toronto : « L’Eucharistie est la raison d’être même du sacerdoce. Le prêtre existe pour célébrer l’Eucharistie ». Dans le même chapitre, le prélat insiste : « Surtout, n’oublie pas de célébrer dignement le Saint Sacrifice de la Messe, et de préparer l’homélie... Tu seras toujours dépassé par Celui que tu portes dans tes mains et qui te supporte ».

J’ai refermé le livre de Mgr Chauvet et j’ai fermé les yeux... J’ai demandé au Seigneur  que l’Eucharistie soit sans cesse au cœur de ma vie sacerdotale. J’ai prié pour que les séminaristes découvrent la richesse et la beauté de la liturgie catholique bien célébrée. J’ai vu un peuple fervent assoiffé d’absolu qu’il faut conduire vers Dieu...