31/05/2017 - Idéaliser le « bon vieux temps » ?

Idéaliser le « bon vieux temps » ? 

Face à la difficulté de transmettre la foi et la chute de la pratique religieuse, beaucoup de chrétiens succombent à la tentation d’idéaliser le passé. C’est une position « confortable » mais dangereuse car elle empêche de regarder sereinement la vie de l’Eglise. De plus, elle permet de se dédouaner en rejetant la responsabilité de la situation présente sur autrui.

L’idéalisation du « bon vieux temps » n’épargne personne...

Elle concerne entre autres ceux qui rejettent le Concile Vatican II en lui attribuant tous les maux. A entendre les tenants de cette position, il faut corriger les « erreurs », promouvoir la Messe « tridentine » et transposer à notre époque les préoccupations pastorales du siècle dernier. Relativement minoritaires (par rapport au nombre de fidèles dans le monde), les chrétiens de cette catégorie se proclament « traditionnalistes » et se « réfugient » volontiers dans des chapelles ou « saint garage » où le décor et les habitudes semblent figés au 19èmesiècle.

Plus répandu et tout aussi dévastateur, l’idéalisation du passé concerne également une bonne part du clergé et des fidèles vieillissant. Ils ont vécu le Concile Vatican II et l’ont souvent appliqué... sans l’avoir lu ! Pour eux, la vie de l’Eglise commence dans les années soixante. Tout ce qui ne correspondait pas à leur vision erronée du « Peuple de Dieu » devait disparaître. Avec le recul, il faut reconnaître l’efficacité de la purge. Plus d’habit ecclésiastique, plus de recueillement dans les églises, homélie « horizontale », négation du catéchisme, remise en question systématique et mortifère... Il est impossible de citer tous les « fruits » de cette époque dont l’Eglise paye actuellement le prix fort dans nos pays. Malheureusement, la fuite en avant se poursuit car les jeunes prêtres « révolutionnaires » des années 60 sont toujours en place, reconnaissables à leurs chemises à carreaux (style bucheron) et leurs étoles en tricot ! Dans beaucoup de paroisses, les derniers fidèles pratiquants ont subi un véritable lavage de cerveau et le moindre signe de respect envers le Saint-Sacrement est considéré comme « un retour en arrière ». En fait, la plupart de ces prêtres et fidèles idéalisent également le passé... mais le leur ! Et si les fruits ne sont pas au rendez-vous, c’est qu’on  pas été assez loin dans le sens de l’adaptation au monde. Le plus absurde, c’est que ce clergé finissant « prépare l’avenir » en « formant » des laïcs engagés pour suppléer au manque de prêtres... Quand on considère la moyenne d’âge de ces « forces vives » et la forte dose de « cléricalisme » qui les anime, on ne peut que sourire ou pleurer en considérant cette roue de secours... crevée.

Fort heureusement, et par-delà les clivages de camps opposés qui s’ignorent, on voit peu à peu apparaître une nouvelle génération de prêtres et de fidèles. Ceux-ci souhaitent assumer l’héritage de la Tradition vivante de l’Eglise sans nostalgie ni fuite en avant, en se laissant porter par le Magistère. Le refuge dans le passé, quel qu’il soit, apporte des réponses décalés aux problèmes contemporains de l’évangélisation. Une piste intéressante, pour dépasser les tensions, est d’approfondir l’enseignement de l’Eglise... (et pas seulement celui qui va dans le sens de mes propres options). L’étude de textes fondamentaux (Conciles, encycliques, introduction du Missel romain) n’est pas superflue et permet d’envisager la vie chrétienne en vérité, loin des sources de division.

Notre route ne s’arrête pas au 19ème siècle... Elle ne doit pas rester figée en Mai 68. La boussole qui permet d’avancer, c’est l’humble obéissance au Magistère et à la Tradition vivante de l’Eglise. C’est un signe de fidélité qui ne trompe pas !