03/06/2017 - Perspectives pastorales

Perspectives pastorales 
Autrefois, il y avait un curé par paroisse. Celui-ci était souvent secondé par un ou plusieurs vicaires. Personnage incontournable et respecté, le prêtre organisait la vie du village autour du clocher. La pratique religieuse était fort élevée et les « non-pratiquants » connus de tous. Le profane et le religieux étaient étroitement imbriqués. Ce climat, qui s’est éteint peu à peu dès les années cinquante,  a vu naître des initiatives pastorales adaptées à cette situation. Quasiment tous les prêtres rêvaient d’une salle paroissiale avec cinéma, d’un hall omnisport et de vastes locaux pour les mouvements de jeunesse car toutes les activités terminaient invariablement par les Vêpres et le Salut du Saint-Sacrement. Dans la plupart des villages, le prêtre était chez lui à l’école où son autorité était incontestée. 
Ce modèle pastoral, que certains veulent absolutiser n’a pas toujours existé. La vie religieuse était différente dans les premiers siècles... On ne peut pas comparer le Moyen-âge et le 19ème siècle. Les situations changent inévitablement. Nous vivons pour l’instant une période de mutations. Faut-il le regretter ?... Faut-il espérer un retour en arrière ? Inutile de se lamenter... Ce n’est pas parce qu’un système a produit de bons fruits à une époque qu’il faut succomber à l’idéalisation. Il faut tenir compte des changements actuels qui dépendent d’une multitude de facteurs : sécularisation de la société et donc du clergé, consumérisme, influence des médias et des moyens de communication, influence d’autres croyances, éclatement de la cellule familiale, mauvaises interprétations du Concile Vatican II, affadissement de la liturgie, Mai 68... 
 Si le monde a changé, la Parole du Christ demeure et elle doit être annoncée.      La diminution du nombre de prêtres est un appel à recentrer l’apostolat sur  l’essentiel. En effet, le patrimoine légué par les générations précédentes est toujours là et parfois en mauvais état. Il sert toujours, les bâtiments sont occupés... mais par des gens qui ne font plus nécessairement partie de l’Eglise et qui rejettent parfois son enseignement. Les écoles sont toujours là... Le prêtre y est toléré quand il va dans le sens de la dilution et présente une religion insipide et incolore... Dès lors, pourquoi maintenir des structures vides où l’évangile n’est plus annoncé ? L’Eglise n’a pas reçu la mission de faire de la gestion immobilière ! Si les bâtiments soutiennent l’évangélisation, si le prêtre peut y faire entendre la Parole de Dieu, ils ont leur raison d’être. Sinon, il faut secouer la poussière de ses sandales et passer à autre chose. Ce n’est pas « parce qu’on a toujours fait comme ça » qu’il faut continuer à tout prix et épuiser les bonnes volontés dans des voies sans issues. Il est peut-être temps d’oser des nouveaux chemins... 
Faut-il courir après des gens qui n’en veulent pas ? Doit-on se réjouir de célébrer des « Premières communions » pour des enfants qui ne reviendront quand même pas la semaine suivante et tout accepter ce jour-là au nom de l’accueil ? Il faut faire des choix, regrouper les apostolats et renoncer à ce qui n’est plus porteur d’avenir. Si le prêtre est attendu, accueilli pour ce qu’il est, il est normal qu’il réponde à la sollicitation. S’il n’est pas le bienvenu, s’il est vilipendé par des railleurs rempli de préjugés, alors il doit se tourner vers d’autres horizons. 
Il est impossible de faire revivre un passé révolu. Dès lors, comment envisager l’avenir et l’annonce de l’évangile ? Voici quelques pistes de réflexion : 
- Poser un regard de foi sur les situations. Notre époque n’est pas moins bonne que les précédentes. Elle est différente et c’est maintenant que nous devons annoncer l’évangile. Tout confier à Dieu. C’est lui qui sauve, nous ne sommes que des instruments fragiles. L’apostolat sans la prière est condamné à la stérilité.
- Regarder lucidement l’action pastorale, les forces, les fragilités et les effectifs.
- Renoncer aux œuvres mortes. Trop de prêtres tuent leur vocation  en essayant de maintenir un système à bout de souffle. Un jeune peut-il désirer devenir prêtre pour gérer tout seul une gériatrie dans une campagne abandonnée ? 
- Chaque prêtre a des qualités. Pourquoi ne pas développer les talents de chacun plutôt que de confier à tous une fonction identique ? Dans chaque diocèse, n’est-il pas temps de rassembler autour de la table les jeunes prêtres qui occuperont demain des responsabilités importantes ? Les missions ne sont pas toujours interchangeables... Il faut tenir comptes des charismes et des "faiblesses sous peine de décourager les effectifs.
- Accompagner les groupes demandeurs et motivés, même s’ils dépassent les cadres d’une pastorale habituelle et paroissiale.
- Favoriser les pôles, regrouper les forces vives. Regrouper les prêtres autour  ...d’un même projet évangélisateur. 
- Assurer une permanence sacerdotale dans certaines églises et l’annoncer. Accepter de « laisser venir » au lieu de « courir après ».
Recentrer la vie religieuse autour de pôles. Une Messe bien célébrée dans une église bien entretenue est plus significative qu’une célébration « bricolage » dans une église crasseuse qui sent le moisi.
- Favoriser la vie commune du clergé. Une vie de prière, de saines discussions sans jugement, le partage des joies et des difficultés pastorales est un axe important de la vie sacerdotale. Il arrive que des prêtres soient embarrassés de confier leurs « échecs » à leurs confrères sous peine de jugement. Le partage vrai doit faire partie de la vie du clergé. On l’oublie trop souvent...
- Oser « se montrer »... Ne pas avoir peur d’être identifié comme chrétien, prêtre, religieux, religieuse.... Ne pas tomber dans le ghetto identitaire mais affirmer clairement son identité. Les situations claires évitent les ambigüités et de nombreuses déceptions.
- Arrêter de perdre du temps et de l’énergie pour maintenir des structures vides.
- Ne pas vouloir à tout prix attirer le grand nombre mais travailler en profondeur. Un enfant bien formé qui persévère est plus précieux qu’un troupeau qu’il faut traîner... et qui ne fait que « consommer » quand ça l’arrange. Le Christ ne nous demande combien nous sommes mais si nous avons de la saveur !
- Revenir aux fondamentaux. L’annonce du Credo et une liturgie célébrée avec ferveur et dignité ne sont pas des détails.
- Encourager les nouvelles initiatives : groupes de prières, nouvelles communautés, mouvement de jeunesse vraiment catholique... Il y en a ! Il faut aller au-delà de certains clichés et saisir la chance de ces renouveaux. Peu importe les « sensibilités » à condition que celles-ci s’enracinent dans la foi et la vie de l’Eglise.
- S’unir sur l’essentiel qu’est le Christ. Le plus beau témoignage est la fidélité à l’état de vie et à l’Eglise.
- Ne pas confondre « vie associative »  et « vie paroissiale ». Le prêtre ne doit pas nécessairement « être à tout » mais il doit juger où sa présence est utile. Certains s’imaginent qu’un « bon curé » est celui qui participe à tous les dîners organisés sur le territoire de ses paroisses : club de foot, pensionnés, gymnastique... Dans ces soirées, il y a beaucoup de boissons, de superficialité et peu d’évangélisation. Certains diront que c’est une occasion de montrer un visage bienveillant de l’Eglise. Malheureusement, ces soi-disants contacts sont souvent sans lendemain et dispersent le prêtre. Ainsi, beaucoup de curés ont couru de repas en repas pendant 40 ans sans toucher une seule âme. Que du contraire, au cours de ces soirées, et l’alcool aidant, il est fréquent d’entendre la réflexion suivante : « Monsieur le Curé, puis-je être franc avec vous ?... » La suite est facile à deviner...
- Accepter de faire le deuil de certaines situations... C’est difficile à entendre et à  vivre ! Mais c’est nécessaire pour renaître. Il faut sans cesse évaluer l’apostolat  et parfois attendre longtemps avant de récolter les fruits.
- Renoncer à une pastorale de l’enfouissement pour oser une annonce explicite de l’évangile. La pastorale « style année soixante » est encore en vogue dans l’Eglise. Cela s’explique par le fait qu’il y a eu peu de renouvellement des cadres depuis cette époque. Les fidèles et les prêtres sont restés en place... et continuent d’appliquer les mêmes recettes. Or, il faut constater que les jeunes qui pratiquent encore, ou qui reprennent le chemin de l’Eglise ne sont plus sur la même planète ! Ils sont pour la plupart très classiques dans leurs options... Il en est de même pour les jeunes qui entrent au séminaire. Le profil a changé : le col romain et la liturgie bien célébrée ne sont plus des sujets tabous. Il est temps de constater cette évolution.
La conclusion est simple... et pourtant elle semble difficile à appliquer. C’est un appel à un christianisme « décomplexé » et libéré de certaines structures devenues obsolètes pour oser un renouveau de l’évangélisation. C’est un acte de confiance en l’avenir qui appartient au Christ. C’est le rejet de la fatalité de la déchristianisation. Tout est toujours possible à condition de laisser résonner la Parole du Christ : « Avance au large et jette