15/08/2017 - La "Belle au bois dormant"


La "Belle au bois dormant"

Bien que retirés du monde, certains religieux contemplatifs portent un regard extrêmement lucide sur la situation de la société et de l’Eglise. La prière continuelle leur fait percevoir le monde en vérité et leur vie devient prophétique. C’est ainsi que récemment, à l’occasion d’une excursion, j’ai rencontré un vénérable religieux à la parole libre. Au parloir, et à bâton rompu, nous avons échangé sur la crise de l’Eglise. Voici quelques perles pour nourrir notre réflexion et stimuler notre ardeur apostolique.

D’emblée, une image retient mon attention car mon interlocuteur compare l’Eglise (en Occident) à la « Belle au bois dormant » en se demandant quand elle se réveillera. De fait, alors que la pratique religieuse diminue sans cesse de façon vertigineuse, beaucoup de prêtres refusent de cerner le problème et continuent de croire que la solution consiste à se placer à la remorque des idées du moment. Le résultat est catastrophique car l’évangélisation a laissé la place à un discours sans saveur… « On se demande où est passé le sel ! Il est devenu fade ». Et de fait, où peut-on encore entendre une homélie forte, imprégnée de doctrine et de véritable piété ? Il faut constater que les pasteurs servent souvent aux fidèles une tambouille tiède où la foi est édulcorée.

Face à cette situation qui s’aggrave d’année en année, aucune reprise en mains n’est à l’ordre du jour. Les Supérieurs semblent déconnectés de la réalité. Ils continuent de créer des commissions et des sous-commissions dont le but est de « lire les signes des temps »… sans se rendre compte qu’il n’y a quasiment plus personne dans les structures et que ce sont les mêmes que l’on retrouve partout. Ainsi, on établit des « parcours catéchétiques », des cheminements pour les jeunes adultes alors que le public visé ne fréquente plus les églises et que s’il vient encore pour certains « rites de passages », ce sera la plupart du temps sans lendemain.

Hélas, par toutes ses structures, il faut reconnaître que l’Eglise évangélise peu… et « bla-bla-te » beaucoup ! Il serait intéressant d’analyser certains discours épiscopaux pour tâcher d’y déceler une parole vibrante et forte. Les exemples sont innombrables. Ainsi, lors des derniers attentats, qu’a-t-on entendu ? Quasiment aucune référence au message chrétien mais un ensemble de platitudes sur le « vivre-ensemble » et la « solidarité ». Bien entendu, ces valeurs sont importantes, mais dans la bouche des successeurs des Apôtres, on est en droit d’attendre autre chose ! Certains Supérieurs ecclésiastiques sont si loin de l’annonce de la foi que le Christianisme est réduit à un ensemble de valeurs et à quelques pratiques humanistes. Dès lors, un homme en quête d’absolu et qui se pose des questions existentielles peut-il trouver des réponses simples et claires dans une institution si peu explicite quand au contenu de sa doctrine… La question mérite d’être approfondie…

Beaucoup d’analystes voient la situation présente comme un héritage de « Mai 68 ». Sans entrer dans les détails, cela semble tout à fait plausible. Il suffit de lire certains livres et brochures de l’époque pour se rendre compte que la dilution de la doctrine catholique en un ensemble de valeurs date de cette « révolution sociétale ». Au nom de l’ouverture au monde, un nombre impressionnant de prêtres ont littéralement bradé la foi et abandonné cette « folle prétention » de détenir la Vérité. Les résultats ne se sont pas fait attendre. Un système instable ne peut qu’engendrer l’instabilité et finalement la destruction. La crise des vocations et de la pratique religieuse, conséquence partielle de cette situation, a empêché le renouvellement des fidèles et du clergé. Ainsi, les jeunes « révolutionnaires » d’hier sont devenus aujourd’hui, pour ceux qui n’ont pas abandonné le sacerdoce ou toute pratique religieuse, des « bobos » ringards incapables de transmettre la foi.

Face à ce constat navrant, il est temps de changer de cap et de reconnaitre la voie sans issue dans laquelle beaucoup se sont engouffré ! L’erreur est humaine, mais la persévérance dans l’erreur est diabolique, d’autant que l’absence de fruit de cette pastorale est flagrant !

Déplorer la situation est important. Mais il faut aller plus loin et proposer des solutions. Celles-ci sont simples, mais il faut avoir le courage de les appliquer.

Tout d’abord, il faut constater que dans certaines régions, la situation semble « perdue » au moins momentanément. Plutôt que de se disperser et de brasser du vide, pourquoi ne pas se recentrer autour de pôles d’évangélisation. Cela semble évident et pourtant si difficile à envisager. Ne faudra-t-il pas qu’une certaine forme d’institution disparaisse pour que renaisse l’évangélisation, débarrassée d’un carcan vaguement sociologique qui étouffe le dynamisme missionnaire. Faut-il rester attaché à des structures qui ont donné du fruit en leur temps mais qui n’en portent plus aujourd’hui ? Les jeunes prêtres doivent-ils être continuellement prisonniers des choix pastoraux parfois douteux de leurs prédécesseurs ? De la réponse à ces questions dépend l’avenir des vocations. Si l’Eglise ne veut pas que les jeunes et les bonnes volontés s’essoufflent, il est urgent de changer de cap et de revenir aux fondamentaux. Ce n’est que dans un terreau nourri d'une vie chrétienne authentique et explicite que peut s’épanouir le désir de consacrer sa vie au service de Dieu. Il ne faut également pas oublier l’action de Dieu. Il peut intervenir quand tout semble perdu, mais l’éclairage de l’Histoire Sainte rappelle qu’il attend la bonne volonté d’un petit reste pour opérer des miracles.

Il faut également avoir l’humilité de regarder les résultats pastoraux de l’Eglise dans des pays parfois proches et qui n’appliquent pas, fort heureusement les mêmes « recettes ». Souvent, ceux-ci sont décriés alors qu’ils peuvent stimuler le zèle apostolique. Ainsi, comment expliquer que certains diocèses, congrégations religieuses et mouvements recrutent alors que d’autres, parfois dans le même pays, demeurent désespérément vides ? Les raisons du succès, comme hélas de l’échec, sont souvent les mêmes et il ne faut pas chercher dans des grands discours ce qui sautent aux yeux. Il y a des vocations et de l’avenir là où le Christianisme est vécu explicitement. Pour les autres… il faut reconnaître qu’il ne restera rien dans dix ans ! Les faits sont là pour le crier !

Il est donc urgent que les pasteurs soient véritablement des prophètes, soucieux de plaire à Dieu plutôt qu’aux hommes. Il est impossible de concilier vie évangélique et vie mondaine et ce n’est que par l’exemple d’une vie intégralement donnée que les prêtres seront apôtres. Cette perspective englobe tous les aspects de la vie : prières, enseignements, célébrations, visibilité, formation authentique… Dans ce domaine, il est légitime de garder l’espoir car la nouvelle génération sacerdotale est fort heureusement bien différente de la précédente… et le temps fait parfois bien les choses ! Quand le changement sera enfin possible et que toute une génération aura fait son temps, il sera possible de reconstruire patiemment ce que certains auront détruit si rapidement. Cela ne se fera que dans l’humilité, l’acceptation des croix et des humiliations, la joie intense de la ferveur du petit troupeau. Tout reste toujours possible… avec l’aide de Dieu et notre bonne volonté !