09/10/2017 - La désacralisation de la liturgie

Il arrive fréquemment de constater qu’au cours des messes dominicales, les fidèles acceptent sans broncher de chanter n’importe quoi, d’entendre n’importe quoi, de voir n’importe quoi, de faire n’importe quoi. A leur décharge, ils ne font que suivre docilement le célébrant... qui lui-même a été privé de solide formation liturgique ou se trouve contraint de suivre servilement ce qu’a préparé une équipe liturgique locale dont les membres ignorent tout du Concile et du Missel romain. 
Quoi qu’il en soit, quelqu’un a bien dû inventer ces chants inadaptés, ces discours sans importance du point de vue de la foi, ces attitudes captivées davantage par ce qui se passe dans la nef que sur l’autel, ce n’importe quoi liturgique qui parasite la célébration de la messe à des doses variables selon les endroits. Bref, quelqu’un a bien dû être à l’origine de tout ce qui fait dévier le culte de sa raison d’être, Dieu, et ainsi l’abaisser au seul niveau d’une production locale, ponctuelle, qui témoigne de la perte du sens liturgique, aussi bien chez les fidèles que chez les clercs : les règles objectives de la liturgie qui garantissent la justesse et le sens de la célébration de la foi de l’Eglise ne sont plus connues, ne sont plus ni comprises, ni senties, ni aimées pour ce qu’elles sont, et ne peuvent donc plus être transmises d’une génération à l’autre. Le résultat est visible dans nombre de nos églises paroissiales où les fidèles sont désormais gagnés par une amnésie liturgique les portant à remplacer la célébration de la foi par le conformisme de quelques pieux sentiments. Louables, certes, mais qui ont plus à voir avec une religiosité à la carte qu’avec la foi catholique. 
Quelle peut être l’origine de ce phénomène ? 
La perte du sens liturgique est sans doute à rapprocher d’un affaiblissement de la pensée catholique elle-même et de la tendance actuelle à mettre l’accent ailleurs que sur le strict contenu de cette pensée : celle-ci se trouve remplacée par un fort attrait envers ce qui est irrationnel, envers l’exaltation des sentiments personnels (il n’est qu’à entendre ce qui se chante au cours des messes de mariages ou de funérailles), envers tout ce qui est utilitaire, immédiatement exploitable. Les influences délétères de l’utilitaire et de l’exploitable - que malheureusement le clergé ne semble pas voir dans la mesure où il y participe lui-même - ont mené à la construction d’un univers paroissial anti-cultuel où les repères ne sont plus la foi et la raison dont la liturgie est l’expression, mais tout ce qui peut déconcerter les fidèles dont la pensée catholique ne subsiste plus qu’à l’état de friches où peut durablement s'enraciner l’ignorance des réalités sacrées.