14/10/2017 - Tradition

Tradition

L’usage de ce mot dans l’Eglise est souvent conflictuel ou ambigu parce qu’il est mal compris ou utilisé dans un sens restrictif. D’emblée, il est associé aux groupuscules traditionalistes dont il est devenu la « marque de fabrique ». Sans entrer dans les nécessaires nuances, le discours de base est souvent le suivant : « ce qui est « tradi » est bon et le reste est suspect ». Cette vision caricaturale est renforcée par le label « de toujours », qui sous-entend que ce qui est « ancien  » (ou jugé comme tel) est automatiquement traditionnel donc acceptable. Dans cette optique, la Tradition est considéré e comme une donnée du passée qui permettrait de fixer définitivement certaines règles (liturgiques et morales).

D’emblée, il faut sortir le mot « Tradition » de ce carcan car il fait partie du vocabulaire ecclésial et ne peut en aucune façon être instrumentalisé pour justifier certaines pratiques liturgiques. Dans ce sens, une étude sérieuse de l’histoire religieuse démontre que le « toujours » n’existe pas et que la liturgie est en perpétuelles tensions entre continuités et discontinuités, distorsions et retour aux sources. Une liturgie définitive et universellement admise est un fantasme intellectuel contemporain utilisé par certains courants « tradi » pour justifier leur existence.

Dans une approche liturgique de ce terme et de l’usage qui en est fait, il importe également d’ouvrir quelques pistes de réflexion car tout usage ancien n’est pas forcément traditionnel. De plus, absolutiser une époque ou une pratique implique inévitablement des choix théologiques et pastoraux.

La Tradition n’est pas la conservation absolue de ce qui existe depuis « toujours »,  mais un organisme vivant transmis de génération en génération, sous la responsabilité du Magistère de l’Eglise qui en a la charge. La Tradition est la régulation par l’Eglise, sous l’assistance du Saint-Esprit, des pratiques religieuses qui se sont développées en son sein. L’ancrage historique montre que dans ce domaine, rien n’est totalement nouveau mais tout n’est pas non plus une répétition car la liturgie est le fruit de la vie et de la réflexion des générations passées, travail qui ne peut que se poursuivre tant que l’Eglise existera. 

Ce n’est pas tel ou tel groupe qui définit ce qui est traditionnel ou pas, mais le Magistère constant de l’Eglise. Cette fonction est constitutive du christianisme puisque dès les origines, celle-ci a adopté les quatre évangiles alors qu’il existait d’autres textes que nous qualifions aujourd’hui d’apocryphes. Certains de ces écrits étaient certainement vénérables et plus anciens que les évangiles reconnus. L’Eglise ne les pourtant pas accepté, n’y reconnaissant pas l’expression de sa foi.

La Tradition n’est donc pas synonyme de vétusté mais  elle est un lieu de vie et d’engendrement. C’est ce qu’enseigne le Concile Vatican II (Dei Verbum II) en rappelant qu’elle est à la fois une donnée matérielle reçue des Apôtres et une dynamique par laquelle celle-ci est transmise. Dans ce sens, elle n’est pas une simple référence au passé mais elle vit dans l’Eglise qui en permet une réception sans cesse renouvelée.

L’application de ces quelques points fondamentaux au domaine liturgique met en lumière certains pratiques, marqués par un temps précis, qu’il était nécéssaire de réformer pour leur donner à nouveau leur pleine signification. C’est ce travail de renouvellement qui a produit le missel du bienheureux Paul VI dans lequel les éléments traditionnels de la Messe ont été restauré par delà les ajouts et déformations des siècles. C’est ce trésor que nous recevons dans la foi et que les générations futures sont appelées à faire vivre.