29/10/2017 - Prudence pastorale...

Prudence pastorale…

Quand un prêtre change de paroisses et qu’il découvre la réalité pastorale de sa nouvelle affectation, il entend quasiment toujours le même conseil : « Il ne faut rien changer avant 1 an… », « Il faut prendre le temps de découvrir… », « Il ne faut pas brusquer les habitudes… ». Le sous-entendu est le suivant : essayer de se faire « accepter » pour ensuite changer doucement certaines choses… Il est utile de donner quelques pistes et de « libérer » le pasteur d’un poids parfois difficile à gérer.

Quand un prêtre fraichement ordonné ou jeune curé arrive dans ses nouvelles paroisses, il est précédé par une histoire et découvre les personnes impliquées dans les oeuvres. Dans la plupart des cas, des « laïcs engagés » souhaitent ardemment fonctionner « comme on a toujours fait ». Il faut constater que, dans de nombreux diocèses, le jeune clergé est assez classique et que beaucoup de fidèles sont généreux mais déformés par des dizaines d’années de pastorale progressiste. Dans ce climat, les tensions surgissent inévitablement face au « col romain », à la célébration de la Messe et à la manière de donner le catéchisme (et non pas de faire la catéchèse…). Le prêtre doit parfois se justifier d’être tout simplement fidèle à ce que l’Eglise demande. Mais comment le faire comprendre quand des laïcs enragés, véritables dictateurs locaux, confondent leurs propres idées (envies) avec le Saint-Esprit ?

Dès lors, il n’y a que 2 solutions : Renoncer ou changer…

Renoncer

C’est, hélas, la « solution » adoptée par le plus grand nombre… Au nom de l’adaptation, du « quand dira-t-on » et du désir de plaire, beaucoup de prêtres abandonnent le col romain (et le reste !) dans les années qui suivent l’ordination. Interrogé sur ce sujet, l’un d’entre eux n’hésitait pas à dire avec ironie : « le vernis sacerdotal a fondu ». Le plus grave, c’est que de détails en détails, le coeur de la foi est en danger. On ne renonce pas à un idéal élevé sans garder des séquelles durant toute la vie… 

Au quotidien, la pente est douce… A quoi bon se battre pour la liturgie ou pour le catéchisme alors que l’opinion de quelques laïcs enragés est écoutée attentivement dans les évêchés. Plus grave, en cas de conflit justifié… qui aura raison ? Les membres d’un « Soviet local » ou le prêtre qui veut vivre pleinement son sacerdoce et qui doit assumer l’étiquette : « Pas adapté ! ». Dans ce climat, insensiblement, au nom de la paix, que de prêtres ont fini tout simplement par céder sur des points essentiels de doctrine, de liturgie ou de morale. L’homme est capable de beaucoup pour un peu de reconnaissance et de chaleur humaine… 

Changer

Il faut garder à l’esprit que le changement est toujours possible, à condition de bien s’entourer et de résister. Il est clair que celui-ci n’est souhaitable que face à une situation déficiente concernant la doctrine, la liturgie et la morale. Les questions d’organisations pratiques (horaires…) se situent hors de notre propos. Il ne faut changer que si les règles de l’Eglise ne sont pas respectées ou pire, quand elles sont sciemment rejetées.

Cela n’est possible que si le prêtre est bien entouré. Celui-ci doit toujours garder à l’esprit que le « progressisme » (le terme est inapproprié car le véritable progrès se trouve dans la Tradition vivante de l’Eglise) est souvent vieillissant et de moins en moins représentatif. Malheureusement, les paroissiens entrant dans cette catégorie occupent régulièrement les postes clés et savent se faire entendre, au détriment d’une masse silencieuse qui subit leurs diktats. Une paroisse est souvent prise en otage par quelques catéchistes, enseignantes à la retraite, qui reproduisent dans l’église l’ambiance ce qu’elles ont connu dans la cour de récréation.

Pour changer et durer, le prêtre doit s’appuyer sur les quelques paroissiens fidèles qu’il ne manquera pas de reconnaître… Ils sont souvent plus jeunes, à genoux pendant la consécration, et sont plein d’ardeur. Dans certaines paroisses plus « sinistrées », cette catégorie est partie de guerre lasse, mais l’annonce de l’arrivée d’un prêtre « classique » peut stimuler leur retour. C’est avec eux qu’il faut envisager l’avenir !

Les débuts seront particulièrement éprouvants… Il y aura des réunions interminables, des palabres et des menaces. Tout est bon : chantages et lettres anonymes… On brandit le spectre d’une désaffection de l’église. Pour la poignée de laïcs enragés, la foi est secondaire, ce qui compte c’est le pouvoir auquel on s’accroche comme une pieuvre. Que va dire Simone si on lui explique gentiment que ce n’est pas son rôle de donner la communion avec M. le curé quand l’assistance ne dépasse pas les 20 personnes ?

Or, il y a des situations qu’il faut changer immédiatement sous peine de les adopter définitivement. C’est un leurre d’imaginer qu’après plus ou moins un an, les potentats locaux accepteront sans sourciller les changements sous prétexte que désormais ils connaissent bien le nouveau curé ! L’idéologie restera la même et les conflits surgiront telle une bombe à retardement.

Il faut d’abord justifier les options et expliquer l’enseignement de l’Eglise pour ne pas sombrer dans l’arbitraire. Ensuite, chacun doit se situer et si certains préfèrent aller gonfler des ballons pendant la messe, ils peuvent le faire… dans la paroisse à côté ! Il faut aussi avoir la liberté de la fidélité et accepter de ne pas plaire à tous.

Les points non-négociables sont ceux qui concernent la doctrine, la liturgie et la morale qui ne sont pas laissés à l’appréciation du Curé et/ou des laïcs mais relèvent de l’Eglise instituée par le Christ.

Ainsi, dans le domaine liturgique, il n’y a pas de discussion possible. La Messe ne s’invente pas au gré des caprices des « animateurs locaux ». Elle se reçoit dans l’émerveillement. Que de prêtres s’imaginent bien célébrer alors que les prières sont souvent « arrangées » (ou même inventées) et que le rôle des laïcs dans la liturgie est mal compris donc mal mis en oeuvre… Le rôle d’une équipe liturgique n’est pas de créer une célébration mais de bien la comprendre pour l’exécuter le plus fidèlement possible. Il suffit d’ouvrir les yeux pour voir qu’on est loin du compte dans beaucoup d’endroits.

Pour stimuler certains jeunes prêtres hésitants, voici le témoignage que nous avons reçu d’un Curé qui a connu ces difficultés. Peu après son installation dans ces nouvelle fonction, il est « convoqué » à une réunion de l’équipe liturgique. Après cinq minutes de présentation, le responsable lui remet une feuille d’explications accompagnée de : « ici, on fait comme ça ! ». La liste est ahurissante car le missel est massacré. Il est trop long de détailler la liste mais elle illustre bien la confiscation de la liturgie catholique par un groupe de pression « qui joue au Curé ». Croyant rêver (ou cauchemarder !), le prêtre a simplement le courage de dire : « Je suis désolé, mais cela ne se fera plus comme ça ». C’est évidemment la stupeur dans l’équipe qui crie au non-respect du travail accompli et qui menace de démissionner. Après deux ans de discussions et de menaces en tous genres, c’est finalement ce qui arriva… et la désertion annoncée ne se produit pas. Il faut toujours bien garder à l’esprit que ces Soviets locaux ne représentent habituellement qu’eux-mêmes. Quand ils disent que « tout le monde dit que… », il s’agit souvent de deux ou trois personnes dont ils font partie. Tout finissant par s’arranger, certains ont fait le choix de partir et d’autres de rester pour assister à ce qu’on peut désormais appeler une « messe catholique ».

La conclusion est simple. Le jeune clergé ne doit pas être prisonnier des choix pastoraux de la génération précédente. Il n’est pas question ici de sensibilité mais du trésor de l’Eglise dont les pasteurs sont les intendants fidèles. La peur peut paralyser les bonnes volontés. Dès lors, que celles-ci se regroupent autour de certaines églises qui deviendront des phares dans l’obscurité. Ce n’est que dans la fidélité à la foi de l’Eglise et à sa mise en oeuvre liturgique que le renouveau, tant espéré par le Concile Vatican II, produira enfin ses fruits.