16/06/2018 - Plaidoyer pour une bonne formation liturgique

Plaidoyer pour une bonne formation liturgique

On peut dire, sans exagération, que la Messe restaurée à la suite du Concile Vatican II est un trésor méconnu. Les conséquences de cette méconnaissance sont tragiques pour l’ensemble de l’Eglise.

A la base, il y a de grandes lacunes dans la formation liturgique chez un grand nombre de prêtres  qui ont « appris sur le tas » à célébrer selon le missel de Paul VI. Dans le climat des années soixante et soixante-dix, tout semblait permis et la créativité liturgique était sans limite. En effet, tout à coup, une génération d’ecclésiastiques formée dans la stricte observance des rubriques du missel romain s’est lancé à corps perdu dans un tourbillon de folie… en rejetant plus ou moins consciemment celles du rite rénové. Presque du jour au lendemain, sans formation approfondie, chacun « appliquait » la réforme… et chaque paroisse semblait naviguer au gré des caprices (et rarement de la prudence !) de son Curé. Les résultats sont connus… et des réflexions dans le style : « On nous change la religion » ne peuvent se justifier que dans ce contexte.

Or, pour bien mettre en oeuvre une réforme, il faut tout d’abord la comprendre. Sans cette étape capitale, celle-ci ne peut qu’être instrumentalisée par des groupes de pression. Sans détours, et avec une cinquantaine d’années de recul, il est permis de poser la question qui fâche : « Parmi les prêtres qui célèbrent chaque jour selon le missel de Paul VI, qui en a lu la présentation générale, les rubriques et le Pontifical ? » En fait, la plupart (pas tous, heureusement !) ont « appliqué » la réforme, mais sans prendre la peine d’en lire le mode d’emploi !

Cette situation a engendré des conséquences dont il semble impossible d’en mesurer les impacts.

La désaffection des fidèles, désorientés par des changements arbitraires et souvent à un rythme effréné. Dans certaines paroisses, chaque dimanche apportait son lot de « nouveautés » soit-disant justifiées par le concile que personne n’avait lu.
La prise de pouvoir des structures paroissiales par des équipes liturgiques façonnant des célébrations « sur mesure » dans le déni absolu des prescriptions romaines.
La naissance et le développement des mouvements « traditionalistes » en réaction à la situation liturgique catastrophique d’une grand nombre de paroisses. Dans ces groupuscules qui continuent à se développer de nos jours, le discours simpliste est toujours le même : « S’il y a des abus, c’est que la réforme est mauvaise. Pour lutter contre ceux-ci, il faut revenir à la situation précédente. » Ce raisonnement nie le fait que des abus existaient bien avant la réforme conciliaire et que si celle-ci avait été bien mise en oeuvre, il n’y aurait pas l’éclatement liturgique que nous vivons aujourd’hui. En effet, ces mouvements « tradis » vivent dans le déni du missel restauré à la suite du Concile Vatican II, ce qui engendre inévitablement une Eglise à deux vitesses et une concurrence entre les rites que désormais, chaque fidèles peut choisir à la carte, selon ses préférences.
Heureusement, certains jeunes prêtres ont conscience de cette situation et oeuvrent en faveur du missel de Paul VI. Pour cela, ils doivent lutter contre les pressions, tant des membres des « équipes liturgiques » en place que des militants de l’ancien rite.
En effet, pour bien appliquer la réforme conciliaire, il est nécéssaire de fermer les yeux sur « ce qui se fait plus ou moins partout » pour se concentrer sur ce qu’il faut faire. Il ne suffit pas hélas de reproduire ce que l’on voit, mais de confronter la pratique avec les rubriques en vigueur. Dans ce domaine, on peut légitimement s’interroger sur la formation liturgique des futurs prêtres. La plupart n’ont jamais (ou peu) participé à des célébrations conformes et leurs connaissances du missel risquent d’être essentiellement théoriques. Et à force de voir du bricolage, on s’y habitue, on le légitime et malheureusement on le reproduit. C’est sans doute ce qui explique les carences liturgiques de certains jeunes prêtres… qui ont baigné dans des célébrations aux noms si évocateurs : « caté-messe », « La messe qui prend son temps… », « messe des familles »… fleurons d’une pastorale vide qui n’engendre que du vide.

Ces quelques lignes sont une invitation pressante à entrer dans l’intelligence de la réforme liturgique. Son visage est enlaidi par ceux qui l’ont instrumentalisé, soit dans une fuite en avant, soit dans un repli nostalgique militant pour l’usage de l’ancien rite. Avec courage, il faut oser dire que ces deux options constituent un véritable cancer pour l’Eglise. Le seul remède est une formation liturgique et historique solide, fortement ancrée dans le respect de la Tradition vivante de l’Eglise.

27/05/2018 - Première communion, profession de foi....parlons-en !


Première communion, profession de foi… parlons-en !

C’est traditionnellement pendant le mois de mai qu’ont lieu les premières communions et les professions de foi. Ces célébrations sont souvent synonymes de foire, de bruits et de bricolages liturgiques de mauvais goût.

Une analyse lucide de la situation s’impose ! En effet, cela fait des décennies que, dans la plupart des paroisses, se succèdent des groupes d’enfants « non pratiquants » qui, la célébration finale terminée, ne remettront plus les pieds à l’église avant longtemps. Pour tenter de les fidéliser, les équipes pastorales semblent prêtes à tout (ou presque… !). Ainsi, des « parcours catéchétiques » sont taillés sur mesures et les rescapés d’une catéchèse infantilisante sont invités à participer à l’incontournable messe des familles.

L’intuition de base est louable. Malheureusement, la plupart des enfants, accompagnés bon gré mal gré de leurs parents, assisteront à des célébrations « créatives », soit disant adaptées… mais à qui et dans quel but ? Car si la finalité est de transmettre la foi et de faire entrer des « non-pratiquants » dans la célébration liturgique, il est impensable de rendre celle-ci conforme à la mentalité des participants. Au contraire, le travail catéchétique consiste à former les enfants et leurs parents pour les rendre familiers à la liturgie de l’Eglise. Or, dans beaucoup de cas, les paroisses proposent des célébrations « fourre-tout » et modulables.

Evidemment, dans ce contexte, il ne restera rien en proportion des efforts déployés. Et les équipes de catéchistes continueront à s’épuiser, proposant du vide à des gens qui ne viennent que « consommer » des « rites de passages » quand ils le veulent et comme ils le veulent. A force de tout adapter et de rendre les célébrations fidèles à l’esprit du monde, celles-ci deviennent insipides et ne servent que de prétexte à des mises en scène grotesques.

En effet, pour soi-disant mettre les enfants à l’honneur, tout est faisable : mots d’accueil et en tous genres bredouillé péniblement par les enfants, panneaux, fleurs en papiers, farandoles… le tout sous les objectifs d’une horde de photographes dans un brouhaha assourdissant.

Comment en est-on arrivé là ? Historiquement, les célébrations de premières communions et de professions de foi étaient destinées évidemment aux enfants catholiques et pratiquants. Il ne faut pas oublier que toute la société était imprégnée de la foi chrétienne et que le quotidien était rythmé par l’Eglise. Dans la plupart des villages, la pratique religieuse était majoritaire.

Ce contexte a changé, et les familles pratiquantes sont devenues minoritaires. Dès lors, comment peut-on continuer de proposer des célébrations « de masse » dans un climat qui n’est plus ni croyant ni pratiquant ? Comment peut-on donner une « première communion » quand on sait très bien qu’il n’y en aura pas de seconde ? Comment proposer une « profession de foi » à des adolescents qui ne viennent à la messe qu’une fois par mois, à l’occasion d’une « caté-messe » sans lendemain ?

Bien sur, il faut proposer largement, mais pas n’importe quoi et à n’importe qui ! Le parcours religieux appelle une certaine exigence et le but pastoral n’est pas d’adapter la foi et les célébrations pour plaire à la majorité. Il s’agit de semer… mais dans des circonstances qui favorisent l’éclosion. Ne faut-il pas privilégier la qualité plutôt que de distribuer des invitations « toutes-boîtes » qui n’attireront que des gens qu’on ne voit ni avant, ni pendant, ni après.

Un tel propos n’est-il pas défaitiste ? Non, il est réaliste ! En effet, il est préférable de former le petit nombre afin que celui-ci soit convaincu et convaincant plutôt que de brasser de l’air avec des gens qu’il faut trainer… C’est un pari d’avenir mais il est cohérent et il mérite d’être sérieusement envisagé.

Dans ce domaine, les paroisses ont tout a y gagner ! En effet, continuer comme on le fait ne produit aucun résultat. Les églises se vident et les enfants désertent les célébrations dès le lendemain des communions. Proposer un cheminement cohérent, véritablement liturgique, en étant clair sur les exigences de la foi et sans en brader le contenu est un choix ambitieux. Appliquer ce programme simplement réduira vraisemblablement le nombre de candidats… mais les premières communions et les professions de foi redeviendront ce qu’elles ont cessé d’être dans beaucoup d’endroits : des célébrations de la foi.

21/04/2018 - Nouvelles constructions :

Comparons deux nouvelles constructions :
 - La première est à Houston aux USA, une toute nouvelle paroisse dont les travaux se sont terminés il y a peu. Magnifique ! Cet édifice invite à la prière, à la mise en œuvre d’une liturgie digne et belle ! 
- La deuxième est à Créteil en France, la nouvelle cathédrale. Un lieu prêt à ne plus être un lieu de culte catholique, une sorte de la salle polyvalente et multiculturelle. La liturgie ne peut en rien s’y développer, un lieu fermé sur lui-même...une salle de spectacle pour « inventer » une liturgie de rupture et anthropocentrique.
Houston :


  
Créteil :



25/03/2018 - Ringard !

Ringard

La liturgie célébrée à l’occasion de grandes célébrations diocésaines est révélatrice de l’état spirituel (et mental !) d’un diocèse. Celle-ci est en quelque sorte la vitrine de l’Eglise locale qui se donne à voir à travers le culte. Pour analyser la situation, il n’est pas nécéssaire de faire le tour des cathédrales pour se forger une opinion… En quelques clics, sur Internet, vous pouvez voir le meilleur mais également le pire, à travers des vidéos officielles produites et mises en ligne par les responsables diocésains.

Il faut reconnaître que, fort heureusement, il y a de « très bons élèves » ! Ce sont les diocèses qui mettent en oeuvre la liturgie restaurée par le concile Vatican II : chants de bonne qualité musicale, grégorien, missel romain, attitude digne de la plupart des ministres, ornements classiques tout en évitant le désuet, prédication doctrinale solide… Dans ces diocèses, il y a encore des vocations et des séminaristes assurent dignement le service de l’autel.

A l’opposé, certains diocèses semblent figés dans les années 70 et 80 où toutes les innovations semblaient permises au nom d’une « adaptation au monde ». Dans ce domaine, que n’a-t-on pas fait ! Au nom du concile que la plupart n’ont pas lu, que de prêtres ont martyrisé la liturgie ! Dans certaines célébrations diocésaines, hélas encore à notre époque, loin des rubriques du missel romain, la liturgie est trafiquée par des équipes d’animation liturgique (l’appellation en dit long…). Celles-ci   continuent d’inventer des « gestes parlant » pour être soit disant adapté à un public de soixante-huitard attardé qui rêvent d’une Eglise à leur image. Dans ce domaine hélas, la « créativité » est toujours de mise… Et quand on pense avoir touché le fond, on s’aperçoit qu’il y a toujours un fond après le fond… !

Récemment, lors d’une célébration diocésaine, un prêtre d’une cinquantaine d’année en pull jaune avec une étole multicolore animait les chants à l’aide d’une guitare. Entouré de banderoles, de confettis et de ballons gonflés, ce produit « fin de série » faisait figure de jeune premier devant un public majoritairement du troisième âge. C’est un fait, pour ces « acteurs liturgiques », une célébration est « festive » quand il y a des ballons, une guitare, et des jeunes sortis de nulle part, parachuté pour l’occasion, qui participent à une procession des offrandes dont ils ignorent le sens. Le pire, c’est qu’en voulant faire « jeune », les responsables de ces pitreries présentent un christianisme affadi et vidé d’élévation spirituelle. Le résultat est sans appel : le vide appelle le vide… et chaque année, le nombre de « spectateurs » diminue. Pour se consoler, on attribue ce phénomène à la crise religieuse que traverse l’Europe… mais sans réaliser que ce genre de célébration ne christianise même plus ceux qui y assistent encore.

Dès lors, comment expliquer que certains diocèses en sont encore là ? Il y a une explication assez simple. Cette situation est partiellement due au non-renouvellement du clergé. Faute de relève sacerdotale capable de changement, les prêtres qui ont tout abandonné : tenue ecclésiastique, missel romain, catéchisme, liturgie bien célébrée… sont toujours en poste et continuent de faire comme ils font depuis 40 ans… Les mêmes causes produisent les mêmes effets et engendrent des désastres. C’est un cercle vicieux… Bien plus, les jeunes qui entrent dans les séminaires sont habituellement classiques et fuient ces diocèses sinistrés, ce qui les enfoncent encore plus dans une fuite en avant qui les conduit droit dans le mur.

Il suffit d’ouvrir les yeux pour voir où vont les jeunes qui fréquentent encore les églises ou les nouveaux convertis. Bien sûr, il ne faut pas faire de généralités mais les faits traduisent quand même une certaine constante.

Pour le bien des âmes, il est temps d’ouvrir les yeux et de proposer aux chrétiens une liturgie digne, telle que voulue par l’Eglise. Il y va de la crédibilité du christianisme qui a trop souffert d’initiatives liturgiques douteuses qui enlaidissent et désacralisent le culte divin.

Peut-on rêver ? Quand donc rangera-t-on définitivement les panneaux en frigolite, les fleurs en cartons et les clowns dans les placards d’une pastorale qui n’a porté aucun fruit. Certains diocèses l’ont fait… D’autres croient toujours que ces « artifices » sont liturgiquement indispensables, et meurent de cet aveuglement.

03/03/2018 - La présidence

 
La Présidence

Lorsqu’il célèbre l’Eucharistie, le prêtre assure la fonction de « présidence ». Cette fonction est une redécouverte du mouvement liturgique et de la restauration liturgique de Vatican II. Insistons sur le vocabulaire qui n’est pas employé à la légère. Ainsi, le prêtre ne « dit pas la messe » et encore moins « sa messe » mais il la préside. Le prêtre ne s’acquitte pas d’une tâche personnelle, mais il rassemble la communauté au nom du Christ-tête qu’il représente de par son ordination. Il ne s’agit pas d’un « pouvoir » qui rendrait certaines personnes supérieures et d’autres inférieures. Dans une assemblée, tous sont baptisés, et sont appelé à former le Peuple de Dieu. Celui-ci est structuré par divers ministères au service de l’édification de ce Corps. Ces ministères sont de l’ordre de l’appel par Dieu et par l’Eglise, de la réponse par le candidat et de la ratification de celle-ci par les Supérieurs légitimes.

Dans le chapitre 4 de la Lettre aux Hébreux, il est écrit au verset 14 : « En Jésus, le Fils de Dieu, nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui a traversé les cieux; saisissons fortement la profession de foi ». Dans ce texte, le mot « archè » (excellence), en sens dérivé, désigne celui qui est à la tête d’une institution (autorités, magistrats…). L’expression « grand prêtre par excellence » souligne que le Christ est « le prêtre en chef », au nom de sa qualité de Fils et de la foi qu’il a en son Père.

La lecture de la Lettre aux Hébreux est importante pour comprendre la fonction de présidence, même si celle-ci n’aborde pas directement le sacerdoce des prêtres. En regardant le Christ, « grand-prêtre par excellence », nous considérons la présidence de l’assemblée liturgique à partir du Christ prêtre placé à la tête de l’Eglise. Ainsi, quand un prêtre préside l’Eucharistie, il ne le fait pas en remplaçant le Christ. C’est lui qui préside invisiblement l’assemblée car aucun prêtre ne lui est comparable. La présidence du prêtre est subordonnée à celle du Christ.

Il n’y a donc pas d’assemblée liturgique sans un prêtre qui la préside. Le Christ a été institué grand prêtre et exerce sa présidence « sur la maison ». Les prêtres le sont dans l’ordre ministériel et exercent « dans la maison ». La présence invisible du Christ précède le prêtre. C’est pour cela qu’il  marche derrière la croix pendant la procession d’entrée et qu’il baise l’autel.

Le prêtre agit donc dans la personne du Christ-tête. Il préside en subordination du Christ : « in persona Christi capitis ». Cette expression est souvent mal comprise et malencontreusement raccourcie… ce qui peut engendrer des conflits de pouvoir. Le prêtre n’est pas le Christ, même au cours de la Messe. Il en assure la présidence. Etymologiquement, « il siège devant les autres », « il est à la tête » (praesidens) pour rappeler à l’assemblée qu’elle ne se reçoit pas d’elle même mais qu’elle est convoquée pour célébrer le culte de Dieu.

La fonction de présidence se manifeste par une place particulière au cours de la célébration. Ainsi, quand le prêtre n’est pas à l’autel, il occupe un siège dont la fonction est de le placer symboliquement dans cette attitude de convocation et de pasteur de la communauté. Il ne s’agit pas d’un honneur mais d’un lieu symbolique qui rappelle à tous que le prêtre, au nom du Christ-tête, a reçu la charge de rassembler les fidèles pour la célébration des saints mystères.

En évitant un luxe déplacé, il faut donc veiller à la visibilité de cette mission sacerdotale. L’idéal est de placer un siège, distinct des autres, à un endroit séparé de l’autel et de l’ambon. C’est à cet endroit que le prêtre se placera pour la liturgie de la Parole et les rites de conclusion.

Terminons par une remarque importante. L’aménagement liturgique d’une église ne doit pas s’envisager à la légère. On a trop souvent bradé le symbole au nom du fonctionnel ou du pratique. Le mobilier liturgique et sa disposition doit correspondre à la dignité du lieu. Il remplit également une fonction théologique en répondant au grandes orientations de la réforme voulue par le Concile Vatican II.

Trop souvent, au nom du Concile, on a fait tout et n’importe quoi… Le renouveau liturgique n’a jamais demandé de saccager les églises mais de penser la place et la fonction du mobilier en fonction des accents de la réforme. Celui-ci doit être digne, de bonne qualité et permettre aux fidèles de se tourner vers Dieu. Il ne doit donc pas être misérable sans pour autant devenir un écran qui empêche l’élévation vers les réalités spirituelles.


11/02/2018 - Les bons exemples

Les situations sont parfois tellement différentes d’un pays à l’autre...







28/01/2018 - Serviteurs de la liturgie

Serviteurs de la liturgie

Dans certains milieux « conservateurs », on parle souvent de « réforme » de la réforme. Une telle expression laisse directement entendre que la restauration liturgique issue du Concile Vatican II présente des lacunes qu’il convient de corriger. La liturgie étant un organisme vivant au sein de l’Eglise, il est tout à fait possible et probable que celle-ci restaure à nouveau le missel dans le futur, mais cette question n’est pas pour l’instant à l’ordre du jour ! Il est donc contraire au véritable esprit liturgique d’entreprendre à l’échelle locale une réforme de la réforme, comme le prônent certains ecclésiastiques. Ce faisant, ils font eux aussi du bricolage liturgique en intégrant dans le missel de Paul VI des éléments de l’ancien rite.

Sur cette pente, la question est de savoir où s’arrêter et sur quels critères effectuer le tri. Ainsi, certains prêtres empruntent l’offertoire de l’ancien missel en lieu et place de l’actuelle présentation des dons. D’autres intègrent des rubriques du missel de saint Pie V dans le missel de Paul VI. Avec les meilleures intentions, la célébration est « trafiquée » et ces prêtres de bonne volonté tombent dans le même écueil que celui qu’ils dénoncent habituellement chez les autres.

En liturgie, il faut sans cesse garder à l’esprit que ce n’est pas le prêtre individuellement qui établit ses règles, mais qu’il est appeler à convertir ses aspirations pour entrer dans une célébration dont il est le serviteur. Même s’il juge que telle traduction présente des lacunes, même si tel ou tel geste semble édifiant, il ne lui revient pas d’introduire des modifications qui nuisent à la catholicité du rite. C’est certainement l’aspect le plus crucifiant et sanctifiant de la liturgie. Le prêtre apprend à dépasser ses aspirations pour vivre dans l’obéissance ce que l’Eglise lui demande.

Cette attitude n’est possible qu’à travers l’étude de la liturgie. Si l’Eglise a demandé la révision du missel romain et des sacrements, ce n’est pas pour que des rites aujourd’hui révolus soient réintroduits dans la liturgie, par ignorance, par esthétisme ou par nostalgie. Chaque prêtre et chaque fidèle est appelé à entrer dans l’intelligence du missel, à en déployer et à en vivre toutes les potentialités. 

20/01/2018 - Pour bien participer à la Messe : il faut arriver à l’heure !

Une condition pour bien participer à la Messe : arriver à l’heure !

Un prêtre témoigne : « Dans mon église, la Messe est à 10h. A 9h50, c’est vide. A 10h, la moitié de l’assemblée est là. A 10h10, tout le monde est là. Certains arrivent même pendant l’homélie… Récemment, une paroissienne qui insistait auprès de son époux pour ne pas arriver en retard s’est fait répondre : De tout de façon, tu connais quand même le programme ! »

Et si ces situations se produisaient au théâtre, à l’opéra ou au cinéma ? Et chez le médecin ou un spécialiste, ne faut-il pas être à l’heure ? Et à l’aéroport ?… Pour ce qu’on veut… ce qui est important, on est à l’heure ! Mais pour la Messe !…

Arriver à l’heure à l’église n’est pas synonyme de bavardages, comme c’est hélas souvent le cas. Arriver à l’heure, venir plus tôt, c’est préparer son coeur, c’est ouvrir son âme à la rencontre la plus importante de la semaine. 

Certains se disent peut-être encore qu’il faut arriver pour l’offertoire, comme si la Parole de Dieu était insignifiante. D’autres quittent l’église après la communion, comme si dix minutes de plus étaient insupportables.

Il faut aller au coeur du problème et poser les bonnes question. Si cela se produit une fois, en passant, il n’y a certainement pas de quoi s’inquiéter. Mais si le retard est chronique, il faut tirer la sonnette d’alarme. Au delà de la négligence, n’y a-t-il pas une question de foi ?

Celui qui arrive systématiquement en retard :
cherche à donner le moins de temps possible à la prière, ce qui est grave pour un chrétien !
donne un mauvais exemple et dérange le recueillement des autres fidèles : bruits de portes, sans oublier certains bavardages avec les voisins de bancs.
se prive des richesses du début de la célébration.

Une telle attitude est finalement très égoïste. On ne se soucie pas des autres, on oublie que la Messe est communautaire. L’assemblée n’est pas une addition d’individus mais un peuple qui s’exprime dans la prière commune, présidée par le prêtre. La Messe est une prière publique qui nourrit et fortifie la foi. Il est donc important d’être là avant le début de la célébration et d’y participer pleinement par le chant, la prière et l’attitude corporelle. Ce n’est donc pas le moment de se plonger dans un livre de méditation, d’égrener un chapelet, ou de consulter ses mails sur un smartphone… La Messe est le lieu ou le Peuple de Dieu se forme et grandit en se laissant enseigner par Dieu lui-même.

12/01/2018 - Ad orientem

Ad orientem

La célébration « dos au peuple » est souvent associée à la forme extraordinaire du rite romain, tandis que la Messe « face au peuple » est présentée comme une exigence du missel de Paul VI. Cette vision simpliste est évidemment fausse. Il ne s’agit pas d’être « dos » ou « face » au peuple. Il s’agit de favoriser une célébration tendue vers le Seigneur. Dans ce sens, l’Eglise permet divers aménagements d’un lieu de culte et la question de l’orientation de l’assemblée n’est pas liée à un rite particulier. Rappelons que l’autel de Saint-Pierre de Rome est orienté, tout en étant « face au peuple »… Il s’agit donc de trouver un équilibre qui permet l’ouverture de l’assemblée vers un horizon qui la transcende.

Loin de toute polémique, Benoît XVI, alors Cardinal Ratzinger, développe ce point dans « L’esprit de la liturgie ».

« La liturgie de la Parole justifie le face-à-face du lecteur et des auditeurs. Durant le chant ou la lecture méditative des psaumes, les fidèles assimilent la parole biblique, l'accueillent en eux-mêmes et la transforment en prière d'action de grâces. En revanche, l'orientation commune vers l'est pendant le canon demeure essentielle. Il ne s'agit pas d'un élément accidentel de la liturgie. L'important n'est pas de regarder le prêtre mais de tourner un regard commun vers le Seigneur. Il n'est plus question ici de dialogue mais d'une commune adoration, de notre marche vers Celui qui vient. Un cercle fermé n'est donc pas une forme capable de traduire l'élan commun qui s'exprime dans une même direction de prière. »