03/03/2018 - La présidence

 
La Présidence

Lorsqu’il célèbre l’Eucharistie, le prêtre assure la fonction de « présidence ». Cette fonction est une redécouverte du mouvement liturgique et de la restauration liturgique de Vatican II. Insistons sur le vocabulaire qui n’est pas employé à la légère. Ainsi, le prêtre ne « dit pas la messe » et encore moins « sa messe » mais il la préside. Le prêtre ne s’acquitte pas d’une tâche personnelle, mais il rassemble la communauté au nom du Christ-tête qu’il représente de par son ordination. Il ne s’agit pas d’un « pouvoir » qui rendrait certaines personnes supérieures et d’autres inférieures. Dans une assemblée, tous sont baptisés, et sont appelé à former le Peuple de Dieu. Celui-ci est structuré par divers ministères au service de l’édification de ce Corps. Ces ministères sont de l’ordre de l’appel par Dieu et par l’Eglise, de la réponse par le candidat et de la ratification de celle-ci par les Supérieurs légitimes.

Dans le chapitre 4 de la Lettre aux Hébreux, il est écrit au verset 14 : « En Jésus, le Fils de Dieu, nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui a traversé les cieux; saisissons fortement la profession de foi ». Dans ce texte, le mot « archè » (excellence), en sens dérivé, désigne celui qui est à la tête d’une institution (autorités, magistrats…). L’expression « grand prêtre par excellence » souligne que le Christ est « le prêtre en chef », au nom de sa qualité de Fils et de la foi qu’il a en son Père.

La lecture de la Lettre aux Hébreux est importante pour comprendre la fonction de présidence, même si celle-ci n’aborde pas directement le sacerdoce des prêtres. En regardant le Christ, « grand-prêtre par excellence », nous considérons la présidence de l’assemblée liturgique à partir du Christ prêtre placé à la tête de l’Eglise. Ainsi, quand un prêtre préside l’Eucharistie, il ne le fait pas en remplaçant le Christ. C’est lui qui préside invisiblement l’assemblée car aucun prêtre ne lui est comparable. La présidence du prêtre est subordonnée à celle du Christ.

Il n’y a donc pas d’assemblée liturgique sans un prêtre qui la préside. Le Christ a été institué grand prêtre et exerce sa présidence « sur la maison ». Les prêtres le sont dans l’ordre ministériel et exercent « dans la maison ». La présence invisible du Christ précède le prêtre. C’est pour cela qu’il  marche derrière la croix pendant la procession d’entrée et qu’il baise l’autel.

Le prêtre agit donc dans la personne du Christ-tête. Il préside en subordination du Christ : « in persona Christi capitis ». Cette expression est souvent mal comprise et malencontreusement raccourcie… ce qui peut engendrer des conflits de pouvoir. Le prêtre n’est pas le Christ, même au cours de la Messe. Il en assure la présidence. Etymologiquement, « il siège devant les autres », « il est à la tête » (praesidens) pour rappeler à l’assemblée qu’elle ne se reçoit pas d’elle même mais qu’elle est convoquée pour célébrer le culte de Dieu.

La fonction de présidence se manifeste par une place particulière au cours de la célébration. Ainsi, quand le prêtre n’est pas à l’autel, il occupe un siège dont la fonction est de le placer symboliquement dans cette attitude de convocation et de pasteur de la communauté. Il ne s’agit pas d’un honneur mais d’un lieu symbolique qui rappelle à tous que le prêtre, au nom du Christ-tête, a reçu la charge de rassembler les fidèles pour la célébration des saints mystères.

En évitant un luxe déplacé, il faut donc veiller à la visibilité de cette mission sacerdotale. L’idéal est de placer un siège, distinct des autres, à un endroit séparé de l’autel et de l’ambon. C’est à cet endroit que le prêtre se placera pour la liturgie de la Parole et les rites de conclusion.

Terminons par une remarque importante. L’aménagement liturgique d’une église ne doit pas s’envisager à la légère. On a trop souvent bradé le symbole au nom du fonctionnel ou du pratique. Le mobilier liturgique et sa disposition doit correspondre à la dignité du lieu. Il remplit également une fonction théologique en répondant au grandes orientations de la réforme voulue par le Concile Vatican II.

Trop souvent, au nom du Concile, on a fait tout et n’importe quoi… Le renouveau liturgique n’a jamais demandé de saccager les églises mais de penser la place et la fonction du mobilier en fonction des accents de la réforme. Celui-ci doit être digne, de bonne qualité et permettre aux fidèles de se tourner vers Dieu. Il ne doit donc pas être misérable sans pour autant devenir un écran qui empêche l’élévation vers les réalités spirituelles.